Alan Moore


C’est en 1989, dans le magazine Doctor Who Weekly que paraissent les premières pages de V for Vendetta. L’intrigue détonne dans le paysage de la BD : c’est un récit très politique qui, dans une Grande-Bretagne fasciste, à la fin du XXème siècle, a pour héros « V », un anarchiste mystérieux dont le masque souriant reprend le visage de Guy Fawkes et qui combat le pouvoir avec panache.
La série a un succès retentissant, aussi bien critique que public (elle est primé au Festival d’Angoulême en 1990), et propulse Moore en première ligne des scénaristes les plus demandés de la BD mondiale. Le début d’une carrière unique qui partait pourtant de très bas…
Alan Moore est le fils d’un pauvre ouvrier. Il mène une scolarité difficile, se fait virer du lycée pour revente de LSD à 17 ans, et se marie à seulement 21 ans alors qu’il est au chomâge et sans qualifications. Avec des amis, il publie un petit magazine, Embryo, et il dessine pour un autre « Sounds« , ce qui lui permet de comprendre qu’il n’est pas doué pour le dessin. Il décide de s’orienter vers l’écriture. Sa collaboration avec le magazine Doctor Who Weekly et le succès de « V for Vendetta » attire l’attention de l’éditeur américain DC Comics qui commande à Moore sa première série américaine, « The Saga of the Swamp Thing« . Moore y ressuscite brillament un vieux comic pour lequel il joue des clichés du genre tout en abordant des thèmes nouveaux comme le nucléaire ou le racisme.  Suspense, psychologie des personnages, poésie et terreur mêlées, la série, dessinée par Totleben, est un grand succès. Moore est désormais célèbre.
En 1986, l’éditeur DC Comics cherche à renouveller son catalogue, et Alan Moore crée alors les Watchmen, série qui va révolutionner le style, le ton et les thèmes des comic books. Watchmen sera le premier comic book a recevoir le prestigieux Prix Hugo, jusqu’ici réservé aux romans et nouvelles de SF. Une adaptation cinématographique est sorti sur les écrans fin 2008. Décidément génial, Alan Moore écrira aussi l’une des aventures les plus réussies de Batman (The Killing Joke, en français, Rire et Mourir), où, au passage, il parvient à raconte la génèse de la personnalité du ricanant Joker… et à prouver qu’en dehors du costume, bien peu de choses sépare les deux adversaires… Seul défaut : c’est trop court !
En désaccord avec certains choix éditoriaux de DC Comics, Moore reprend son indépendance quelques temps. C’est l’époque de l’ambitieux From Hell, bande-dessinée sur laquelle il aura travaillé près de dix ans. Ce roman-BD reprend l’histoire de Jack l’Eventreur, dessinée dans un noir et blanc cruel par Eddie Campbell et qui, une fois de plus, dynamite les cadres habituels de la bande-dessinée.

Moore fait un retour dans le mainstream avec la série 1963, publié chez Image Comics. 1963 était une parodie des premiers Marvel, réaction de Moore aux pales imitations de ses propres BD par les éditeurs américains. Mais la série ne connu pas de fin pour des raisons de mésentente éditoriale.
Parmi ses nombreux faits d’armes également plusieurs scénarios pour le Spawn de Todd McFarlane et surtout la reprise en main du personnage de Supreme à la demande de son créateur Rob Liefeld. Moore mis de côté le passé de ce Superman violent et égocentrique pour en faire le vecteur d’une mise en abime intelligente de l’univers des comics : dans le civil, Supreme est lui-même un auteur de comics… et sa mémoire est en reconstruction permanente ce qui donne un récit dans le récit dans le récit et se concrétise par l’utilisation de différentes manières de dessins.


Entre 1991 et 1996, Moore s’attaque à sa dernière grande oeuvre qui vient de sortir aux USA en intégrale Lost girls, dans laquelle il met en scène de la pornographie en revisitant les personnages de Alice (au pays des merveilles), Wendy (Peter Pan) et Dorothy (magicien d’Oz). Les éditions Delcourt annonce la publication courant 2008.
Grâce à tous ses succès, Moore a lancé son propre label, A.B.C., America’s Best Comics dans lequel sont nées des séries originales très réussies : La Ligue des Gentlemen Extraordinaires reprend les clichés et les personnages des feuilletons d’avant-guerre, mixant H.G Wells et Edgar Alan Poe, convoquant L’homme invisible, le Dr. Jekyll et le Capitaine Nemo, pour un récit échevelé et hilarant. Le dessin est superbe. Promethea ou les aventures mystico-oniriques d’une jeune new-yorkaise héritière des pouvoirs et de la charge de la déesse éponyme, confrontée à d’ancestraux démons. Graphisme à tomber par terre et thématiques magiques chères à Alan MOORE. Tom Strong, une sorte de Superman moderne, dont les aventures repoussent très loin les scénarios jamais imaginés pour son ancêtre… Très malin. Top Ten narre avec un humour corrosif – servi par le dessin minutieux de Gene Ha – la vie d’un commissariat dans une ville délirante dont tous les habitants ont de supers pouvoirs…

Parmi ses derniers faits d’armes, Le miroir de l’amour. Au départ Moore raconte 2000 ans d’homosexualité sous les pinceaux de Rick Veitch et Steve Bissette . En 2004, les éditions Carabas ont repris le texte de Moore mais en l’accompagnant de photos signées José Villarubia. La voix du feu, roman paru aux Editions Interstices en 2008 est un superbe chant choral où douze personnages de douze époques (de – 4000 avant JC à aujourd’hui) sont l’objet de douze crimes dans la région de Northampton chère à l’auteur. Un très grand livre.
Aux dernières nouvelles Alan Moore vit toujours à Northampton, en Angleterre et gère en parallèle plusieurs projets de BD, de romans et de musique. Il est aujourd’hui le scénariste de comics le plus primé de l’histoire. Il s’est pris de passion pour l’occultisme et a décidé de devenir magicien…

Certains projets ambitieux [et souvent jamais réalisés] d’Alan Moore sont déjà entrés dans la légende : Brought to Light (1989), avec le dessinateur Bill Sienkewitz projetait de sortir de l’oubli des crimes commis par le gouvernement américain au XXème siècle. La chaîne de librairie WH Smith refusa de vendre le livre, bloquant ainsi sa distribution. Big Numbers(1990), avec le même dessinateur, devait, en presque 500 pages, illustrer la théorie du chaos à travers les destins croisés d’une douzaine de personnages. La série ne dépassa pas les trois premier épisode et coula la maison d’édition fondée par Moore. Fashion Beast, un scénario co-écrit avec le manager des Sex Pistols, Malcom McLaren, et qui ne verra jamais le jour.

Alan Moore collectionne les démêlées (parfois judiciaires) avec ses éditeurs, en particulier le géant américain DC Comics. Après le succès des Watchmen, DC Comics envisagea de poursuivre les aventures (et les profits) sous la forme d’une mini-série.. mais sans Alan Moore ! L’auteur attaqua en justice, et, de façon inattendue, il gagna. Mais sa collaboration avec DC pris fin… Le label ABC a été créé par Moore avec l’éditeur Wildstormen 1999. Depuis, celui-ci a été racheté par… DC Comics sans prévenir Moore qui avait décidé de ne plus travailler avec DC ! Contraint et forcé, Moore a du accepter la situation et a promis de mener à leur termes les séries entamées.

Source : le cafard cosmique

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