V pour Vendetta, le film

Angleterre. La verte Albion est aux mains des fascistes. Le « système », organisme d’état omnipotent, surveille tout et tous. Dans cet univers où les répressions brutales et les humiliations individuelles sont monnaie courante, chacun s’est résigné à son sort. personne n’ose se dresser contre le système … sauf V. Mais qui est-il ? Un idéaliste qui veut entretenir l’espoir dans un monde trop noir ? Un bouffon qui souhaite rire aux dépens de l’ordre établi ? Un anarchiste aux idées révolutionnaires dépassées ? Un terroriste fanatique qui ne reculera devant rien pour abattre le gouvernement ? Et si V était simplement synonyme de vengeance ? V … pour Vendetta !

Réalisation : James Mc Teigue – Casting : Hugo Weaving, Natalie Portman, Stephen rea, John Hurt – Année : 2006 – Durée : 2h10

Avis : A l’annonce de l’adaptation de la fantastique BD de Alan Moore, V for Vendetta, dire que les attentes des fans étaient nombreuses est un euphémisme. Considérée comme le graphic novel le plus subversif qui ait été dessiné, nombreux sont ceux qui craignaient une édulcoration pure et simple du propos de Alan Moore.
Ce sont donc les créateurs de “Matrix”, apologie cinématographique de la culture underground, qui se sont lancés dans l’aventure. On retrouve ici certains des artifices des frères Wachowski, comme ce rapport conflictuel à l’autorité, déjà sousjacent dans leur trilogie précédente, ou dans la chorégraphie des scènes d’action. Le réalisateur James Mc Teigue devait ainsi être “épaulé” par ses désormais renommés producteurs …
Mais là n’est pas l’intérêt premier de ce film. Pour une fois, dans un blockbuster, tout est dans le message. Et c’est là que V pour Vendetta fait fort : financé par une major, il relaye malgré tout les propos tenus dans son média d’origine.

Londres est soumis à la dictature. La liberté d’expression est inexistante, y compris au sein même de l’ordre établi. La manipulation de l’opinion publique s’effectue par le biais des médias, omniprésents dans la vie des citoyens, que ce soit pour promouvoir les actions du régime en place ou pour discréditer les (rares) opposants. L’étroitesse d’esprit est également caractérisée visuellement par le minimalisme architectural, et le refus du droit à la culture. Dans ce contexte social rappelant les pires heures de notre histoire, différents types de résistances se profilent. Tout d’abord, la résistance intellectuelle, passive, qui consiste à accéder à ses droits à l’insu des autorités, comme ce professeur qui a aménagé dans son appartement une pièce cachée où il entrepose des objets d’arts et oeuvres littéraires. Entretenant un rêve de liberté, il refuse toute idée de violence : pour vivre libres, vivons cachés …

Puis il y a l’action, la revendication à haute voix de sa liberté, la voie qu’a choisi V. Et c’est là que le film est intelligent. V est a priori l’exact opposé du système qu’il combat : véritable révolutionnaire, il agit pour le réveil des consciences, son intérieur est raffiné, presque gothique, sa culture semble immense et hétéroclite (son remember, remember, the fifth of November est directement tiré d’une chanson de John Lennon), sa liberté de penser anticonformiste captivante. Les actions qu’il entreprend sont mises en scène avec un goût prononcé pour le théâtral et la symbolique (la scène d’ouverture). Mais il choisit de combattre le Mal par le Mal, au risque de se perdre. Par là même, le personnage interprété par Natalie Portman est le révélateur de la condition de V. A l’instar du spectateur, elle est tout d’abord fasciné par ce héros sorti de nulle part, qui ose affronter seul un régime afin de provoquer les changements salutaires dont le monde à besoin. Mais elle en a peur également : elle est captive dans une prison dorée, assiste à la vendetta terroriste de son hôte, ce qui sème le trouble dans son esprit. Devenu lui même un extrême, V n’agirait-il pas par pure vengeance, où est-il totalement devenu esclave de ses idéaux ? Le film pose ainsi cette question : quel que soient les totalitarismes auquel nous sommes confrontés, jusqu’où peut-on aller pour retrouver la liberté ? Doit-on opposer aux extrémismes une autre sorte d’extrême ? L’ambiguité du personnage de V, incarnation de la volonté de changement et en même temps le symbole du terrorisme, démontre ainsi l’originalité du traitement de ce sujet difficile. Ce refus du manichéen est un des atouts majeurs du métrage.

Le casting, fort bien choisi, est à la hauteur du film. Hugo Weaving campe un V complexe, tour à tour fascinant et effrayant. Voir le film en V.O permet de prendre pleinement la mesure de sa prestation. Quant à Natalie Portman, elle tient là son rôle le plus difficile jusqu’à présent, et confirme ce qu’elle laisse penser depuis Léon : c’est une grande actrice, destinée à une grande carrière. Et c’est avec grand plaisir que l’on retrouve Stephen Rea, impeccable en inspecteur de police en proie au doute. La mise en scène est efficace, illustrant parfaitement le message porté par le film, que ce soit dans les décors ou dans les mouvements de caméra, sans exagérer par des artifices visuels qu’il aurait été facile de disséminer tout au long du film, ce qui en fait définitivement un blockbuster vraiment pas comme les autres !

Par son refus du compromis, “V pour Vendetta” est un pamphlet anti-totalitaire, subversif au discours contestataire et révolutionnaire comme on n’en avait pas vu depuis … allez, Zombie de Romero ! Un chef d’oeuvre à voir et à revoir, à l’heure où les extrêmismes de toutes sortes émergent aux quatre coins du monde ….

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