Evadés de l’enfer !, de Hal Duncan

Eli est un clochard, brisé, au bout du rouleau, Belle une prostituée qui cherche à fuir son mac. Matthew est un jeune homosexuel, Seven un tueur à gages sans pitié. Ils ne se connaissent pas mais se retrouvent ensemble sur le même bateau… en partance pour l’Enfer. Un Enfer un peu particulier, qui pourrait être New York mais n’en est qu’une copie… franchement décalée. Tous quatre, armés de leurs seuls soucis et accompagnés par un étrange personnage, n’ont plus alors qu’une idée en tête : trouver un moyen de s’évader.

 Hal Duncan est un auteur qui a bénéficié d’une reconnaissance immédiate à la sortie ses deux précédents livres, Velum et Encre. Son roman suivant, Evadés de l’enfer, est un one shot attendu de pied ferme par les amateurs du genre. Ne connaissant pas l’auteur écossais, je me suis lancé dans la lecture de ce roman, vierge de tout a priori. De prime abord, le livre est court, direct et sans temps mort. Quatre individus que tout oppose meurent, et se retrouvent en enfer. Bien décidés à ne pas se résigner à leur triste sort, ils vont tout tenter pour s’enfuir. Hal Duncan ne nous épargne rien. L’enfer est bien ce lieu de violences et de sévices où les pires âmes de l’humanité sont envoyées pour expier leurs pêchés pour l’éternité. Dit comme çà, Evadés de l’enfer semble n’être un roman bourré d’action, de violence et de gros mots. La lecture des premières pages donne l’impression de se lancer dans une aventure menée à un rythme tambour battant, au traitement littéraire rentre-dedans. Impression renforcée par le fait que l’auteur ne parvient pas toujours à éviter les clichés du genre : il y a là le tueur ( qui s’appelle Seven …), l’homosexuel, la pute et le clochard.

Mais en grattant un peu la première couche du divertissement, il s’avère être un peu plus subtil que çà. Tout d’abord, parlons de l’enfer lui même. Ici, point de démons et autres satyres dansant dans les flammes en fouettant les âmes en peine, sous le regard amusé et sadique du diable. Chez Hal Duncan, l’enfer tient plus du camp de concentration, avec en guise d’accueil l’écriteau « Arbeit macht frei« . Point de démons, mais des surveillants « affectés », chargés de faire respecter l’ordre établi et mettre en pratique nombre d’exactions et de sévices, sous le commandement direct du grand chef. Hal Duncan y pointe du doigt les dérives totalitaires de notre société occidentale, rappelant à tous les heures les plus sombres de notre histoire. En faisant de ses tortionnaires des hommes au service de l’enfer, il rappelle que le pire que l’humanité ait connu vient de l’homme lui même.  L’autre sujet de la critique acerbe de l’auteur est la manipulation des médias. Dans cet enfer, le maître des lieux organise la retransmission des tortures sur grand écran, via des émissions de télé-réalité et des flashs info. Au travers du personnage du journaliste vedette et de son équipe, il dénonce l’omniprésence, le pouvoir de l’image, et la manipulation des masses. Enfin, Evadés de l’enfer se pare d’atours blasphématoires. Duncan s’en prend violemment à la religion, en redéfinissant les concepts du Bien et du Mal, et les symboles religieux qui y sont rattachés. Sa version de l’archange Gabriel et de Lucifer ne manquera pas de déstabiliser le lecteur, pour le plus grand bien du livre.

Au final, Evadés de l’enfer s’avère être un roman dynamique, mais surtout corrosif et jubilatoire. Hal Duncan signe un pamphlet anti-totalitaire , doublé d’une réflexion anti-cléricale. Un livre de pur divertissement certes, mais qui aura le mérite de faire grincer des dents chez de nombreuses âmes bien pensantes.

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