L’heure du choix approche

A l’approche du mois de Mai, les échéances électorales pointent le bout de leur nez. Deux tours de présidentielles, des élections législatives … et le choix qui devra être fait par votre serviteur concernant les deux mastodontes éditoriaux du moment : Panini Comics et Urban Comics. Marvel pour l’un, DC pour l’autre, les deux se livrent une guerre qui s’apprête à faire rage en France. Au milieu, le simple con-sommateur qui devra choisir son camp. Alors comment faire ce choix ? En prenant en compte mes goûts, mais aussi en opposant les deux politiques éditoriales.

A ma droite, Panini Comics. l’éditeur italien possédait jusqu’à présent les droits de Marvel et DC, jusqu’à ce qu’ils perdent l’exclusivité de ce dernier au profit de Dargaud, via Urban Comics. La main mise totale sur le marché de l’édition des comics a amené Panini à se reposer sur ses lauriers. En kiosque, Panini avait délaissé DC, ne finissant par proposer que deux revues régulières Batman Universe et DC Heroes. L’éditeur devait certainement réagir au regard des chiffres de vente pour en déduire que l’univers DC n’intéressait pas le lecteur français, le poussant à réduire son offre à peau de chagrin. Mais l’analyse n’était pas la bonne. Sans un support éditorial de qualité, les héros DC, qui sont moins nombreux à jouir d’une renommée aussi importante que ceux de Marvel chez nous, ne pouvaient pas attirer à eux un lectorat massif. C’est pourquoi le contenu éditorial des revues en kiosque basique (un édito et un dernier mot) et les bonus des albums librairie quasi inexistant ne jouent pas sur les ventes d’Un Spider-Man ou de Vengeurs à la réputation bien établie. Quant à la collection Deluxe, elle n’a de luxe que le prix : on a l’impression de payer le carton de la couverture. Panini fait le minimum syndical. La perte des droits de DC Comics n’aura d’ailleurs pas modifié la donne à ce niveau.

Panini a choisi deux options pour anticiper la guerre sur le marché. D’une part, l’éditeur multiplie l’offre dans les kiosques. Pas moins de sept revues (si mon compte est bon) ont vu le jour. Il convient de saluer d’excellentes initiatives comme la parution des revues type Classic, permettant aux nouveaux lecteurs (mais aussi aux plus anciens) qui n’ont pas les moyens de se procurer les intégrales en librairie de (re)découvrir des aventures, des auteurs et des artistes moins contemporains. Dans le même registre, l’éditeur a lancé les gammes Marvel Select et Marvel Gold en librairie, rééditant des ségas essentielles à des prix plus intéressants que dans la collection Deluxe, mais également la collection Best Comics proposant des aventures des héros phare de Marvel pour un peu moins de 10 Euros. Par cette approche, Panini essaie de mettre les comics à portée de toutes les bourses. La perte des droits DC permet à Panini de faire plus de place à des héros plus urbains qu’on avait perdu de vue en kiosque : au travers de la revue Marvel Knights, on retrouve Daredevil, Punisher et Ghost Rider (même si ce dernier ne fera pas long feu). Panini a également lancé une opération de Flash forward, pour réduire l’écart entre les parutions américaines et françaises. C’est là encore une bonne initiative, qui contient malgré tout son lot d’incohérences (par exemple pourquoi attendre si longtemps pour avoir la suite des aventures cosmiques dans Marvel Universe ?) créant parfois des désagréments dans la lecture des revues (certaines ne doivent être lues qu’après celles qui sortiront le mois d’après …). En terme d’offre, on a le sentiment que, plutôt que de choisir l’option qualitative, Panini compense la perte des droits DC par une politique quantitative uniquement.

Pour la hausse des prix, aller de gauche à droite, pour mon pouvoir d’achat, faire l’inverse ^^

D’autre part, il est question de la hausse des prix. Même si Panini n’est pas responsable de la hausse de la T.V.A. décidée par le gouvernement, l’éditeur a quand même tenté un coup. En effet, en Janvier, il y a une une anticipation de cette augmentation, et les revues ont été vendues 10 centimes de plus que prévu. Loin d’être passée inaperçue, cette hausse a généré une levée de boucliers de la part des lecteurs qui refusent de se faire flouer. Panini a annoncé ne pas avoir été au courant (sic) et invoqué le droit à l’erreur. Une seconde augmentation, prévue celle là, aura lieu dès Juillet. En revanche, cette hausse sera accompagnée d’une pagination plus élevée, soit 16 pages par revues. Pourtant, certaines augmentations du prix sont inégales : pour un même nombre de pages en plus, certaines revues augmenteront de 10 centimes alors que d’autres de 30 centimes ! L’éditeur avance le fait qu’il n’a pas de marges sur les revues de 48 pages … Je veux bien qu’on me prenne pour un imbécile mais il y a des limites. A l’heure actuelle, je n’ai jamais vu un vendeur massif commercer sans se faire de marge. Du côté de chez Panini, on sent donc comme un paradoxe entre la nécessité d’amasser le plus de lecteurs en multipliant l’offre, et en prenant de bonnes initiatives , et le fait de rentabiliser au maximum en s’aliénant une partie de sa clientèle par une hausse des prix parfois difficile à avaler (comparez le rapport pagination/prix de New X-Men en Deluxe à Old Man Logan toujours en Deluxe, ou comment décider de ne plus jamais acheter un Deluxe).

A ma gauche, nous avons Urban Comics. L’éditeur propose une offre aux antipodes de son concurrent. En kiosque, Urban Comics proposera 3 revues régulières : Batman Saga, Green Lantern Saga et Justice League Saga. Elles ne sont pas parues en France, mais les revues qui les annoncent (Batman Showcase, Flashpoint, Green Lantern Showcase) bénéficient d’un soin particulier. Le travail éditorial est de qualité, avec un édito, mais également des notes explicatives et une introduction pour chacune des séries, quand il n’y a pas en plus des chronologies et des croquis d’essai. L’éditeur reste mesuré en kiosque.

En revanche du côté de la librairie, Urban montre ses muscles. Les livres déjà sortis ont tous reçu un accueil unanime louant la qualité du travail éditorial, la pertinence dans le choix des albums, mais également le prix. Entre les rééditions, les nouveautés et les livres objets, il y a de quoi faire ! L’éditeur souffle sur le vent du renouveau qui porte DC. Profitant du relaunch, Urban va pouvoir proposer une bagatelle de séries redémarrant au numéro 1, récupérant tous ceux qui voudraient s’essayer à l’univers de la distinguée concurrence sans avoir à se taper une continuité plus que fournie. C’est un peu le principe d’Ultimate chez Marvel, à un détail près : DC s’affranchit totalement de la continuité. Pour autant, l’éditeur propose des lives indispensables comme DC Comics Anthologie.Pour le moment, tous font l’objet d’un travail éditorial remarquable, toujours à base de notes explicatives ou de croquis d’illustrations.

Je suis dans le même état depuis que j’ai lu les annonces d’urban Comics

Justice League, Superman, Wonder Woman, Green Lantern, Action Comics, Detective Comics, Catwoman (et je l’espère très fortement, Justice League Dark) … tous feront partie de la collection DC Renaissance. Même si l’effort se concentre principalement sur la librairie, la qualité du travail éditorial en kiosque est du même acabit. Par cette approche, Urban ne privilégie aucun type de lectorat. Profitant également de son arrivée sur le marché, l’éditeur opère des rééditions de chefs d’oeuvre (Watchmen) ou de séries épuisées, parfois dans des coffrets innovants proposant le livre + le DVD de l’adaptation comme pour Batman Year One. Urban prend également des initiatives dans le type même de collection qui compose son offre : certaines proposeront des sagas indispensables comme la collection DC Essentiel, là où d’autres mettront en avant les créateurs comme Grant Morrison ou Geoff Johns dans la collection DC Signatures.  L’éditeur surfe donc sur la nouveauté pour amener les lecteurs à lui. Reste à savoir si ça va perdurer car comme tout ce qui est nouveau, c’est tout beau. La vérité ne se révèlera que sur le long terme. Mais force est de constater que pour ses débuts, Urban frappe un grand coup.

Au niveau des prix proposés, on ne peut pas dire qu’Urban soit inintéressant. En effet, les volumes cartonnés de la collection DC Renaissance seront guère plus chers que les 100% Marvel par exemple, à la différence près qu’ils seront en hard cover, pour une pagination supérieure. On pense à la politique commerciale de Delcourt par exemple, avec les volumes de Haunt ou Spawn. Certains produits seront évidemment plus coûteux que d’autres, comme Batman : Amère victoire, qui atteint les 35 Euros, mais pour un hard cover qui atteint presque les 400 pages. Le rapport qualité/prix semble plus que correct.

Bon, je lis quoi moi dans tout çà ?

Une fois que je fais le comparatif, je me pose deux questions, dont la réponse à la première conditionnera celle à la seconde. Quel lecteur serais-je pour Urban, kiosque ou librairie ? Quoi sacrifier ? Vu l’offre proposée par Urban, qui me permettra de lire les séries publiées en kiosque dans un format cartonné, je ferai partie des lecteurs en librairie. Je ne prendrai donc pas les revues en kiosque proposées par Urban. Il y aura donc Batman, Wonder Woman, Justice League (en répartissant les achats sur la durée) et Action Comics. Mais l’arrivée de l’éditeur dans ma bibliothèque implique le fait de réduire la place octroyée jusqu’alors à Panini. Je vais donc tailler sévèrement dans les revues kiosque : Je ne me cantonnerai plus qu’à quelques revues kiosque, comme les mensuels Spider-Man, X-Men et Avengers (et encore), les bimensuels Marvel Universe et Marvel Knights, et les trimestriels Marvel Classic. Ce qui fait un total de cinq revues par mois, ce qui est déjà pas mal (sans compter un ou deux hors-série).

4 réflexions sur “ L’heure du choix approche ”

  1. Je me posais les mêmes question et tes réponses correspondent bien à ce que je vais faire. Continuer le kiosque chez Marvel/Panini en gardant à peu près les mêmes revues que toi : Spider-Man (normal et universe), Deadpool, Marvel Knights, Marvel Universe (que je vais commencer ce mois-ci ^^), Marvel Classic et surement continuer Wolverine pour avoir Wolverine & les X-Men dans les prochains mois. Pour le reste (HS, Extra, Select, etc…) ça sera au cas par cas.
    Ca devrait me laisser un peu d’argent pour la librairie DC/Urban. Le problème est que toute la gamme Renaissance m’interesse. Je devrais faire des choix douloureux et comme toi étaler mes achats sur plusieurs mois.

  2. Encore un (excellent) article de ta part, qui résume bien le dilemme du lecteur depuis l’arrivée d’Urban. Je ne ferai pas tous les choix que tu as retenu mais je vais sabrer aussi^^.

    1. Concernant les sorties librairies d’Urban, Batman, WW et Justice League sortent dans la même semaine, mais j’étalerai leurs achats sur deux ou trois mois, histoire que ce soit moins douloureux. Après en ce qui concerne les kiosques Marvel, j’hésite à ne garder que Spider-Man en mensuel … par contre, les revues de la gamme Classic et Marvel Universe sont intouchables ^^

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s