Fear Itself : Même pas peur

Une ancienne prophétie est proche de se réaliser. Sin, la fille de Crâne Rouge (énnemi mortel de Captain America) s’est emparée du marteau de Skadi. En réveillant ainsi Le Serpent (frère d’Odin) elle a déclenché une guerre à l’échelle mondiale. Les héros sont vite débordés. Le Serpent assujettit neuf « dignes », dont Hulk, La Chose, Le Fléau … La prophétie révèle que pour vaincre, le fils d’Odin devra payer de sa vie.

Fear Itself est un cross-over dont la trame principale est scénarisée par Matt Fraction et dessinée par Stuart Immonen. Diverses séries ont été impactées, comme celles parues dans Spider-Man, X-Men, Marvel Icons, Marvel Stars et Marvel Heroes.

Une dispute familiale toute asgardienne

Fear Itself avait tout pour être épique : une guerre mondiale, des héros désespérés, d’autant plus que le prélude était intéressant : statue de la liberté défigurée, relents nauséabonds du nazisme, manifestants en colère caillassant Steve Rogers lui-même. On se dit alors que Marvel va surfer sur l’état actuel de la société, qui oscille entre désespoir et colère. La peur nourrit les extrêmes. Fraction avait de quoi signer une histoire très politisée et mâture. L’illusion de lire un cross-over s’inscrivant dans la lignée d’un Civil War s’estompe dès les premières pages. Asgard oblige, Fear Itself se contentera de faire dans le spectaculaire. Le résultat sera décevant. Dit comme çà, c’est clair et ce qui va suivre ne vous étonnera donc pas. Fear itself est symptomatique du manque d’imagination chez Marvel à l’heure actuelle. On reprend les mêmes Asgardiens et Vengeurs et on recommence. On sort à peine de Siège qu’on retrouve la peuplade de dieux nordiques au centre d’un cross-over. On assiste donc à la sempiternelle divergence d’opinion entre le père et le fils, Thor choisissant encore une fois Midgard (la Terre) à Asgard. Cette fois, Odin est vraiment mécontent car la prophétie annonce d’emblée la mort de son fils en cas de victoire. Cette révélation plombe toute l’histoire qui s’ensuit. En dévoilant sa conclusion dès le début, Fraction tue dans l’oeuf son suspense. La question n’est pas de savoir si Thor va survivre, mais comment il va mourir (parce que le quand, on s’en doute, c’est à la fin).

On devine donc d’entrée que Thor donnera la victoire au prix de sa vie. Ce n’est pas spoiler que de l’écrire ici, et ça a même déjà été montré le mois dernier dans Marvel Heroes Extra n°10 ! Du coup, toute la tension que le lecteur est censée ressentir au fil des chapitres retombe. A quoi bon s’effrayer, vibrer et prier pour la victoire puisque la fin est déjà annoncée. Vous me rétorquerez que souvent, le Bien l’emporte et vous aurez raison. Sauf que là, çà met un terme à l’essence même de l’histoire : la peur elle-même (Fear Itself cqfd). A aucun moment on ne se sent véritablement concerné par les enjeux. Ce ne sont pas les relents de la Seconde Guerre Mondiale qui changeront la donne. Pourtant, l’idée d’une Blitzkrieg à grands renforts de méchas nazis était porteuse de (dés)espoir pour le lecteur et les personnages. Cette absence de peur (moteur du récit quand même) réduit à néant les efforts de Fraction pour nous saisir aux tripes. Un comble pour une saga guerrière ! Finalement, c’est dans les ties-in que Fear Itself parviendra à atteindre son but. En revanche, tous les poncifs du genre sont là. On a le héros qui renvoie ses frères d’armes loin du front pour rester seul en première ligne (il s’agit là de Cap, donc ça fait toujours son petit effet). On a le citoyen impuissant face à une telle menace qui finalement décide de relever la tête pour aider, etc … On a aussi l’américain moyen qui, après le conflit, en vient même à aider son voisin en lui prêtant sa tondeuse ! Fear Itself, une belle leçon d’humanité.

Pire, l’émotion est absente du récit. Pas seulement la peur, mais tout le reste. Fraction décide de sacrifier au milieu du récit un personnage emblématique (dont on savait pertinemment qu’il ne durerait pas à ce poste). La séquence est tout simplement dépourvue d’émotion. On ne croit pas aux larmes de ses compagnons d’arme. Bien sûr, chez Marvel, les morts n’étant jamais éternelles, le personnage gambade déjà de nouveau dans les publications U.S … Vous me rétorquerez que chez DC, c’est pareil, mais Marvel en abuse. Dans Fear Itself, des morts, on en a deux pour le prix d’une. La surenchère est là, et elle n’est pas à l’avantage du récit. L’histoire rate le coche et ne doit son salut qu’aux planches de Stuart Immonen. Les dessins sont beaux, son style plaît même si lui non plus ne parvient pas toujours à rendre épiques ses batailles. Le combat final manque de punch, et semble bien vite expédié. Même si certains de ses choix ne sont pas  toujours très heureux, (Thor méritait mieux, mais à quoi bon insister s’il revient jouer du marteau dans quelques numéros …), il faut quand même dire qu’Immonen parvient à sauver ce cross-over en le portant à bout de crayon.

Fear Itself ne laissera pas de souvenir impérissable, si ce n’est celui d’un cross-over qui rate le coche. Les Dignes s’en vont sous les « vivas de la foule en délire », qui n’attend pas vraiment son épilogue, Fearless (dont le titre aurait mieux correspondu à cette histoire)… De quoi nourrir quelques craintes au sujet du prochain évènement de la Maison aux Idées, Avengers vs X-Men. Il faudra vraiment qu’il dépasse le statut du comic version Mortal Kombat pour déchaîner l’applaudimètre. Manque de fond, d’émotion … dans ces moments là, je me dis que Civil War, c’était il y a déjà bien longtemps ..

2 réflexions sur “ Fear Itself : Même pas peur ”

  1. « Fear Itself » ou mon arrêt des séries Marvel…..

    Après une tentative de reprises des séries « Heroes » au reboot des magazines français « Marvel heroes », « Marvel Icons » et le démarrage de « Marvel Stars », l’annonce de ce énième « Crossover qui va tout changer» m’a refroidi…
    J’ai donc décidé de l’éviter et l’ai seulement feuilleté (lu….) dans les rayons de ma petite librairie préférée.
    Et je dois dire que j’ai été conforté dans mon choix, car le titre d’un film m’est encore une fois (et ce depuis tous les crossovers depuis Civil War ») revenu en tête : « Beaucoup de bruit pour rien ».

    Je m’explique :
    Je lisais de manière régulière et passionné les X-Men (et autres séries dérivée) depuis la fin de « X-tinction Agenda », j’ai eu quelques vides dans ma collection pendant quelques mois (mais courts…) puis j’ai décidé d’arrêter après le crossover « Messiah complex » en me disant «trop c’est trop ».
    En effet depuis « Onslaught », les X-Men que je lisais n’étaient plus les X-Men que je connaissais………je lisais par habitude en me disant à chaque fois: « bon sang, c’est les X-Men souviens-toi de l’ère d’apocalypse, c’était il n’y a pas longtemps, ça va s’améliorer !!! » sauf qu’au moment de « Messiah complex » cela faisait longtemps que je n’avais plus lu de bons « runs » sur les X-Men et autres cousins X (et encore plus longtemps que l’Ere d’apocalypse était fini)
    Donc : STOP (non sans une certaine émotion mais bon….)

    Pour les séries Heroes (Avengers, Captain America……) mon expérience était plus sporadique.
    J’ai eu et lu quelques bons runs sur les vengeurs à l’époque de SEMIC mais je n’étais pas un réel habitué.
    Néanmoins avec les débuts des New Avengers et l’event « Avengers Disassemble » j’ai attaqué cette collection avec beaucoup d’enthousiasme.
    C’est vrai quoi : Captain America, Iron Man, Wolverine, Spider-man et…. Daredevil enfin rassemblés chez les vengeurs !!!!! Le rêve !!!!
    Un premier run génial , puis d’autres un peu plus bofs (déjà Daredevil s’en va)….. des runs sur Captain America au top (Winter soldier…. Grâce au génie de Brubaker), des runs sur les séries Spidey (que je collectionnais depuis quelques années comme les X-Men) tout aussi intéressants….
    Bref toutes les séries « Heroes », Captain America, Spider-man, etc… nous ont menés jusqu’à « House of M » et enfin « Civil War » (2 superbes crossovers »)
    Tout était pour le mieux avec des personnages évoluant enfin et dans le bon sens (Cap, Spider-man qui se démasque, ……) puis : LE GRAND PLOUF.

    Tout d’abord « One More day » qui balaie littéralement tout ce qui avait été fait d’intéressant (selon moi) sur Spider-man avec en plus le comble : un épisode de « Back in Black » dans lequel Spidey accepte (de manière adulte et émouvante) la mort imminente de Tante May et son nouveau statut de hors-la-loi démasqué (épisode superbe) puis juste après cette daube avec un Peter immature, pleurnichard et surtout stupide……..
    Du coup après quelque mois de « Brand new day » (2) j’ai dit ici aussi : STOP

    Me restaient encore Hulk et les séries des Vengeurs.
    Tout allait bien jusqu’un « World war Hulk » moyen après un « Planet Hulk » superbe.
    Mais je continue jusqu’à « Secret Invasion » où là ma déception a atteint des sommets avec un run de sept n° pouvant être bouclé bien plus rapidement et surtout la confirmation d’une impression qui se dessinait depuis quelques temps : « on nous prend vraiment pour des imbéciles !!! ».
    Donc Re-STOP……

    J’ai feuilleté les divers « dark reign » et « siège » (mon sentiment se confirme) et nous en revenons donc au début : Marvel pour moi c’est fini…….

    Où sont mes héros ??? Où est mon Spidey ??? Où sont mes X-Men ????
    Où est mon univers MARVEL ??
    D’accord tout évolue…. Mais j’ai ici la réelle impression que même si les Maisons d’éditions comme Marvel ont toujours suivi des tendances financières sûres, ici nous sommes dans un cas où cela se voit trop et ce au détriment des histoires, d’une émotion dégagée par ces histoires et d’une cohérence.
    Peut-être que je vieillis…… mais justement si je lis (nous lisons) des comics c’est pour renouer avec notre enfance ou adolescence……et c’est là que le bas blesse….surtout avec la politique éditoriale de Panini (autre vaste débat).

    Donc STOP.

    Enfin pas totalement car après ce constat quelque peu négatif quelque tendances positives restent.
    « Daredevil » ou la seule série que j’ai réellement suivi sur la longueur et dans laquelle l’histoire malgré de gros bouleversements est restée cohérente.
    Bon d’accord « Shadowland » a été décevant (faible mot…) mais cela a permis une autre évolution intéressante du personnage (voir les derniers épisodes de Mark Waid).
    Il y a quelques bons runs « Marvel knights » (Black Panther, Moonknight,….).

    Et surtout il y a eu « Annihilation », « Annihilation conquest », « War of kings » et les séries liées comme Nova et surtout le génialissime « Gardiens de la Galaxie », véritable pépite et lumière dans la nuit créative de Marvel.

    Ce commentaire un peu long sur mon impression du moment que ton article sur fear itself a fait remonter.
    Heureusement il y a toujours Vertigo et DC Comics et là Urban Comics fait pour le moment du bon boulot (en espérant que ça dure….).
    Et qui sait peut-être que la « Maison des idées » en redeviendra peut-être une…..

    Ciao.

    Greg.

    1. Hello Greg et bienvenue ici !😉

      Je vois que pour ton premier commentaire, tu pousses un long et bon coup de gueule, qui est plus que légitime. J’abonde pleinement dans ton sens.

      Pour moi, les séries estampillées Marvel qui cassent la baraque ne sont pas légion : Young Avengers, Les gardiens de la galaxie (number One), Nova, et dans une moindre mesure Spider-Man et Daredevil (« Mighty Thor » est fort sympathique mais Coipel ne sera déjà plus là au prochain numéro … j’aimais bien Red Hulk mais acheter une revue pour une seule série …). J’avoue que ça fait peu par rapport à la quantité de l’offre.

      Malgré tout, Spidey redevient intéressant depuis la fin de la parenthèse « Brand New Day ». J’avoue avoir moi aussi arrêté la lecture de Spider-Man au cours de cette période, exactement pour les mêmes raisons que tu cites. Mais je suis revenu et je ne regrette pas. Autre raison de persister, Daredevil revient en kiosque dans la revue Marvel Knights, la gamme classic permet de relire du comic vintage (la quarantaine approchant, ce qu’on lisait enfant puis ado est devenu vintage ! ^^). Surtout Marvel Universe demeure une revue cosmique de qualité (même si le duo Lanning/Abnett tire sa révérence après Thanos Imperative). Le niveau de qualité sera t-il maintenu après leur départ ? Croisons les doigts …

      Les cross-over de Marvel ne sont plus à la hauteur depuis des années (même si je serais moins dur que toi envers Secret Invasion), et l’avenir n’est pas rassurant avec X-Sanction et AVX (Avengers vs X-Men). Pourtant, dans la revue Avengers il y a peut-être une des meilleures séries Marvel à ce jour « Young Avengers » qui réintroduit le personnage de la Sorcière Rouge. Avec tout ce que ça implique, il y a le potentiel pour écrire de bonnes histoires ! Quant à la politique de Panini, j’ai assez pesté contre pour répéter ici ^^.

      Ce qui fait que je vais confirmer mon retour vers DC Comics. La reprise par Urban Comics est pour le moment un sans faute, et je ne me lasse pas de répéter combien le travail éditorial de l’éditeur est de qualité. Après avoir pris tous les Showcase, je ferai donc carton plein dans les revues kiosque (Batman Saga avec Batman, Detective Comics, Batman & Robin, Batgirl – Justice League Saga avec Superman, Flash, Justice League, Supergirl – Green lantern Saga avec Green Lantern, Green Lantern Corps), en ajoutant de la librairie (Wonder Woman par Azzarello, Action Comics par Morrison, Batwoman par Williams III). En farfouinant, sur le blog tu verras les sorties qu’Urban prévoit pour les mois à venir (et encore je n’ai pas tout mis) !

      Quoiqu’il en soit, on aura toujours de quoi lire et débattre !😉

      A très bientôt j’espère !

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