Superman : Red Son

Superman ! Etrange visiteur venu d’un autre monde, capable de modifier le cours des fleuves, de tordre l’acier à mains nues … et qui, en tant que héros des travailleurs, mène un combat sans fin pour Staline, le socialisme et l’extension du Pacte de Varsovie. Dans cette version d’une histoire bien connue, une fusée kryptonienne s’écrase sur la Terre avec à son bord un bébé qui deviendra l’être le plus puissant de la planète. Mais le vaisseau n’aterrit pas en Amérique. L’enfant ne grandit pas à Smallville, mais dans un kholkoze de l’Union Soviétique.

Superman : Red Son contient les épisodes de la mini série U.S Red Son scénarisée par Mark Millar et dessinée par Dave Johnson et Jason Plunkett.

Superman : Red Son est issu d’un concept intéressant : que se serait-il passé si le vaisseau de Superman s’était écrasé en U.R.S.S ? Outre les possibilités scénaristiques qui sont offertes, c’est l’occasion pour Mark Millar de réécrire notre histoire contemporaine tout en offrant une relecture de l’univers DC Comics. Superman débarque donc sur les terres froides de la Russie. Staline est en pleine gloire, et voit en l’existence de ce surhomme un outil de propagande pour le communisme. Surtout, Superman est l’occasion de servir la cause tout en dissuadant l’ennemi américain. C’est la guerre froide, et les russes prennent d’un coup une sacrée longueur d’avance. C’est donc au tour de Lex Luthor, savant américain, de rentrer en piste. Le génie mégalomane est chargé par le gouvernement de trouver un équivalent à cette menace potentielle que représente Superman. Mais qui parviendra à trouver la solution ? Luthor et ses expériences ? Un terroriste du nom de Batman qui opère depuis les égouts de Moscou ? A moins que la solution ne vienne de cet étrange anneau vert retrouvé à Roswell …

Superman : Red Son est un régal pour les amateurs de comics, que Millar sollicite par l’entremise de clins d’oeil en tout genre, tout en parvenant à rester accessible pour les néophytes. On appréciera ainsi les origines de Batman, dont les parents ont été tués par la police soviétique. Au delà de la réécriture des icônes de DC Comics, c’est le fond qui intrigue. Au départ, on a l’impression que rien ne change. La guerre froide accroît les tensions entre les pays du monde entier, l’Amérique ne veut pas se laisser distancer par le rival soviétique et inversement, le communisme comme avènement du collectif au détriment de la liberté individuelle … Dans la première partie, Millar ne réécrit pas vraiment l’histoire, il la retranscrit. Superman n’apparaît  que comme une étape dans al course à l’armement. Ce n’est qu’au milieu du récit, lorsqu’il décide de reprendre les rênes de l’état que l’Histoire change. Avec un tel surhomme à la tête de l’Union Soviétique, le Pacte de Varsovie s’étend et la quasi totalité des gouvernements du monde se rallient à sa cause. Il est un héros et veut le bien de tous. Alors, Superman impose la paix aux peuples. En privant l’homme du libre arbitre, il atteint une dimension mythologique, en prenant la place du dieu qui décide pour les hommes. Mais ne vaut-il pas mieux les laisser commettre et apprendre de leurs erreurs, pourvu que ce soit en toute liberté ? Millar livrera sa réponse, dans un dénouement réussi.

Certes, Superman : Red Son n’offre pas un discours politico-humaniste particulièrement risqué, et n’approfondit pas toujours son sujet. Un des passages les plus intéressants du livre est la séquence où, au fil des ans, Luthor redresse l’économie américaine. Une alternative au monde voulu par Superman est alors possible. Malheureusement, Millar ne dépasse pas le stade de la comparaison. Dans le même ordre d’idée, on peut regretter que le programme de rééducation populaire de Superman soit rapidement évoqué. A son crédit, il aurait fallu prolonger notre plaisir de plusieurs dizaines de pages. L’auteur rappelle également tout du long le potentiel de ces figures emblématiques qui font l’Histoire, ces icônes auxquelles les peuples se rattachent, quand l’homme dépasse les idées qu’il véhicule. Qui mieux que Superman, qui porte le flambeau du super héroïsme depuis plus 70 ans, pouvait se prêter à l’exercice ?

Au niveau des dessins, le travail de Dave Johnson et Killian Plunkett est en adéquation totale avec le fond. On remarque d’emblée le nouveau costume de Superman qui arbore le gris et le rouge comme couleurs, et les indispensables faucille et marteau en guise de symbole. Wonder Woman, Batman ou Hal Jordan n’échapperont pas non plus au relooking. Par le choix des couleurs, des décors  et des costumes, les artistes immergent le lecteur dans le bloc soviétique, et les poses super héroïques n’auront jamais autant eu des airs de propagande. Superman chez les soviets ? On y croit et c’est bien là l’essentiel.

Mark Millar signe une histoire excitante, toute en réflexion. Sa relecture du mythe de Superman lui donne l’occasion de porter un regard sur notre histoire, bien aidé en cela par des artistes se mettant au service de l’histoire. On se saurait lui reprocher de n’avoir pas totalement exploité l’énorme potentiel que recelait un tel scénario, tant on aura pris du plaisir à lire ce comic book d’une grande intelligence.

3 réflexions sur “ Superman : Red Son ”

  1. En effet, une bonne histoire que celle-ci, comme tu le soulignes accessible aux néophytes de l’univers DC. Je l’ai aussi et je le chroniquerai… un jour…

    1. J’aime quand les auteurs de comics se prêtent à l’exercice de la relecture. C’est souvent l’occasion d’une étude de personnage, d’une analyse sur ce qui fait son succès, et d’une lecture plus subtile que d’accoutumée.
      Le jour où tu posteras ton avis sur Red Son, sois assuré que je le lirai !😉

      1. La relecture de comics est même à mon sens indispensables sur certains.
        En effet, certains auteurs comme nous le savons aiment à délier leur intrigue au travers de petit plot (qui a dit Claremont sur les X-Men).
        De plus la relecture permet de voir l’histoire et les personnages sous un autre plan ou angle (comme lorsque l’on revisionne certains films: « Usual Suspects » ou plus récemment « Le Prestige »).
        Pour les comics le parfait exemple en est « 100 Bullets » ou « Ultimates » (Les premières séries bien sûr).

        Ce « Superman red Son » s’y prête d’ailleurs tou particulièrement…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s