Superman vs Muhammad Ali

L’un est réel, l’autre imaginaire … Le premier est humain, le second est surhumain. Mais tout deux ont inspiré une nation toute entière par leur force incroyable, leur exemplarité et leur combat sans relâche pour la liberté et le fair play de tous. Aujourd’hui, ces deux héros s’affrontent alors que le sort de la planète est en jeu !

L’album contient l’histoire Super vs Muhammad Ali scénarisée par Dennis O’Neil et dessinée par Neal Adams.

Superman vs Muhammad Ali est un évènement. En premier lieu, il s’agit de la rencontre sur papier des deux héros les plus populaires dans les années 70 : Superman et le boxeur Casius Clay alias Muhammad Ali. Ensuite, il faut savoir que l’album n’avait été édité qu’une seule fois en 1978 chez Sagédition. C’est donc sa première réédition par l’éditeur Atlantic depuis 33 ans, ce qui permettra enfin à des générations de lecteurs de découvrir ce comic book considéré comme culte par tous ceux qui ont pu le lire à l’époque. Je précise que cette réédition s’est faite en deux parties. La première fut la sortie d’une édition luxueuse en début d’année, en grand format, glissée dans un encart en carton, pour 35 Euros. La seconde vient de paraître dans un format classique, pour à peine plus de 11 Euros. C’est cette version qui nous concerne aujourd’hui, mes bourses étant petites (je parle de portefeuille !!!).

Dès la première page, le ton est donné : une introduction digne des plus grands combats de boxe présente les deux principaux protagonistes. Superman vs Muhammad Ali, c’est la rencontre improbable ente deux personnages de légende sur fond d’invasion extraterrestre. Alors que les deux sont censés faire partie du même camp, le titre et surtout la couverture présentent Superman et Ali prêts à en découdre sur un ring ! Comment est-ce possible ? Les extraterrestres belliqueux qui s’apprêtent à envahir la Terre, les Scrubb, organisent l’affrontement entre les deux héros, le vainqueur gagnant le droit de combattre leur champion. L’issue du combat décidera du sort de note planète. Au niveau du scénario, c’est kitsch au possible. Pas de doutes, on est bien à l’orée des années 80. Est ce pour autant bête et sans ampleur ? Absolument pas.

Avec ces deux icônes de la pop culture, Adams et O’Neal (qui quitte le projet au début) travaillent sur la mythologie du héros populaires. Ces deux personnages ne sont pas devenus aussi populaires uniquement à la force des poings, mais grâce aux valeurs qu’ils incarnent. Ali en tête, sportif d’exception, rappelle tout au long du récit quel homme politisé il était : son engagement contre la guerre du Viet-Nam était d’importance (on est à la fin des années 70), sa proximité idéologique avec Malcolm X, sa couleur de peau … Les muscles ne sont rien s’ils ne servent pas une cause, une volonté indéfectible de défendre ses idéaux. En cela, Ali se rapproche du kryptonien le plus célèbre de l’histoire. Adams joue sur le charisme indéniable de cet homme hors norme, reprenant même jusqu’à ses moindres postures de combat, mais également certains de ses propos entrés dans la légende du sport. Ali, c’est bien le seul être humain crédible pour lutter aux côtés et contre Superman, quant à lui le surhomme par excellence. Il est d’ailleurs intéressant de voir à quel point le super héros prend vie au contact du boxeur. Aux côtés de Superman, Ali prend place dans la légende des comics, là où le kryptonien, en fréquentant le boxeur légendaire, assoit encore un peu plus son statut d’icône populaire définitivement inscrite dans l’inconscient collectif.

Ce qui fascine, c’est également (évidemment ?) le travail graphique de Neal Adams. L’artiste offre des planches exceptionnelles. Dès le début, le lecteur a droit d’admirer une double page impressionnante dans les rues de Métropolis, fourmillant de détail. Ses dessins insistent sur son style hyper réaliste, approchant même le photo réalisme. Muhammad Ali est tel qu’on l’a connu, dans son physique et dans son attitude. Adams a effectué un travail remarquable sur la couverture même, avec pas moins de 172 célébrités de l’époque (imaginaires et réelles) qui assistent au combat ! Nous pouvons jouer à retrouver les Jackson Five, le président Carter, Pelé, Lex Luthor ou Batman, bien aidés par la légende assortie d’une numérotation à la fin de l’ouvrage. Certaines personnalités avaient refusé d’apparaître sur la couverture, mais Adams a contourné le problème en ce qui concerne certains cas (John Wayne est ici affublé d’une moustache). Les dessins bénéficient également d’une nouvelle colorisation depuis 2010. Cet apport donne ainsi une nouvelle jeunesse à cette histoire qui mérite largement qu’on s’y intéresse. L’ouvrage se conclut par de nombreux bonus, allant du détail de la couverture aux croquis préparatoires, jusqu’à une postface signée par Jenette Kahn, directrice de publication chez DC Comics à l’époque, et à l’origine du projet avec Julius Schwartz.

Superman vs Muhammad Ali confirme son statut de comic book de légende. Une œuvre aux apparences de blockbuster improbable pourtant bien plus subtile qu’il n’y paraît, livrant un discours héroïque et surtout humaniste, toujours d’actualité. Il convient aussi de saluer le travail éditorial de l’éditeur Atlantic, qui offre un rapport qualité/prix bien supérieur à ce qu’on trouve chez des mastodontes du genre … Pour à peine plus de 11 Euros, vous auriez tort de passer à côté du combat du siècle !

2 réflexions sur “ Superman vs Muhammad Ali ”

  1. Rien à redire, j’ai dévoré cette petite friandise, et j’en redemande. Du mot d’introduction de Neal ADAMS à l’ingénieux who’s who final, rien n’est à jeter. L’aspect kitsch ne m’a pas géné, tant tout ça fleure bon les 70’s dans ce qu’elles avaient de meilleur. Cet éditeur aurait bon gout de réediter quelques autres pépites qui relèvent de l’archéologie (au hasard, superman vs spiderman, superman vs flash la course du siècle….), ou pourquoi pas innover sur le même thème comics/sport (Batman vs Rocky BALBOA, Green Lantern vs Jeannie LONGO, les possibilités sont infinies).

    1. Ou encore Reed Richards entraîneur de Marseille … Non ce ne serait pas crédible, le dénouement étant connu à l’avance : Richards échoue !
      Plus sérieusement, je suis ravi d’avoir découvert ce comic book, édité une seule fois en nos vertes contrées en 1978 … On pouvait le trouver pour 200 Euros sur le marché U.S d’occasion ! On remercie doublement Atlantic !😉

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