Superman : Paix sur terre

Alors que les fêtes de fin d’année débutent à Métropolis, Superman prend douloureusement conscience de l’implacable division entre la minorité des privilégiés et les innombrables miséreux au bord de la famine. Décidant qu’il doit servir d’exemple, Superman met ses incroyables pouvoirs au service d’une cause titanesque visant à éradiquer la faim de la surface du globe.

Superman : Paix sur terre est le premier des quatre tomes consacrés à l’époque au soixantième anniversaire de Superman, Batman, Shazam et Wonder Woman.

Superman est le plus grand. Parce qu’il est le plus puissant ? Plutôt parce qu’il incarne à lui tout seul le genre super héroïque, en terme d’idéal, de mythologie, d’icône. Qui dans le monde ne connaît pas ce colosse vêtu d’un collant bleu et d’une cape rouge, arborant un S symbolique sur sa poitrine ? Parce qu’il fut le premier, il eut droit à la reconnaissance planétaire, mais sans ses qualités intrinsèques, il n’aurait pas franchi les âges. C’est d’ailleurs là que se trouve tout le paradoxe du personnage. Parce que Superman incarne toujours les valeurs, les idéaux de son époque, il apparaît aux yeux de certains comme un personnage désuet, naïf, lisse même. Il bénéficie pourtant d’une certaine profondeur, donnant lieu à de multiples interprétations. La plus inattendue (mais ô combien intéressante) d’entre elles venant d’un certain Quentin Tarantino dont l’analyse illumine la séquence finale de Kill Bill 2. Alors, Superman, héros d’un autre temps ?

A l’occasion de son soixantième anniversaire, force est de constater que le kryptonien est encore bien portant. Sous la plume de Paul Dini et les pinceaux d’Alex Ross, le personnage prend toute sa dimension. Héros surpuissant, il jouit auprès d’une partie de l’humanité d’un statut quasi divin. C’est sur ce point que Dini base son scénario. Si Superman est l’équivalent d’un Dieu pour nous les hommes, pourquoi ne mettrait-il pas ses pouvoirs au service de causes universelles ? Pour développer son propos, Paul Dini a choisi. Superman luttera contre un fléau mondial : la famine. Exit Lex Luthor ou autres Brainiac : bienvenue dans le monde réel.

Fort des leçons apprises auprès de son père adoptif, Superman décide d’utiliser tous ses pouvoirs et son charisme pour éradiquer le problème de la faim dans le monde. Il ira convaincre les chefs d’état du bien fondé de sa mission. La morale fait l’unanimité, mais l’aspect financier parviendrait presque à contrebalancer l’enthousiasme général. Une fois les moyens trouvés, Superman parcourt les cinq continents pour y déposer des vivres en quantité. Dans cette visite expresse de notre planète, le kryptonien rencontre les vivas de la foule, mais aussi, et c’est plus surprenant, la défiance, la cupidité, la peur. Les peuples ne sont pas tous égaux devant la liberté, la condition humaine n’est pas un long fleuve tranquille. Des villageois sont privés de nourriture par une dictature militaire quand d’autres refusent purement et simplement qu’on les aide …

Devant l’ampleur de la tâche qu’il s’est fixée, Superman ne peut que constater son échec. Un homme seul, fût-il surpuissant, ne peut pas résoudre des problèmes de cette taille à l’échelle mondiale. Son échec le renvoie à sa propre condition, celle de super héros, non celle de dieu vivant. « Donnes un poisson à un homme, et il mangera une journée. Apprends lui à pêcher, et il mangera durant toute une vie. » Il se rappelle ces mots tirés de la bible. Alors, il prend le problème autrement, à la racine. Sous les traits de Clark Kent, il dispense aux jeunes les leçons qu’il tient de son père. Seuls les hommes eux-mêmes pourront résoudre leurs propres problèmes. C’est en agissant comme l’un d’entre eux que Superman se transcende pour atteindre de nouveau sa dimension mythologique. Paul Dini verse dans le sentimentalisme, mais avec intelligence.

Il faut dire qu’il est bien aidé en cela par le génie d’Alex Ross. Son style hyper réaliste contraste avec le statut de Superman, ce qui lui permet de retranscrire la dimension quasi divine du personnage. Il parvient à restituer sa grandeur, en le faisant évoluer dans notre réalité. C’est sa marque de fabrique depuis des années, qui lui vaut le succès qu’il mérite amplement. L’aspect rétro de ses réalisations confère paradoxalement une certaine intemporalité à ses oeuvres, ce qui correspond à merveille à un personnage à la longévité exceptionnelle comme Superman. C’est également une sorte de retour aux sources, pour un super héros qui se contentait de vivre des aventures bien terriennes à ses débuts. La composition de ses planches est impeccable, et certaines de ses doubles pages font sensation, comme celle où Superman surplombe la capitale brésilienne.

Superman : Paix sur terre est une oeuvre aboutie. Paul Dini livre une histoire intelligente quoique légèrement moralisatrice. Mais un peu de morale, ça ne fait jamais de mal. Quant à Alex Ross, il n’est nul besoin de préciser à quel niveau il se situe, tant il a contribué à ouvrir les comics à un lectorat plus large, plus adulte.

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