Kingdom Come

Dans un futur possible, les super héros d’antan ont été surclassés, puis remplacés, par une nouvelle génération plus agressive, mais aussi plus amorale. Aussi, lorsque ces surhommes rayent accidentellement le Kansas de la carte des Etats-Unis, il revient au premier d’entre eux, Superman, de sortir de sa retraite et d’inculquer à cette nouvelle génération le goût pour la vérité et la justice.

Kingdom Come contient l’intégralité de la mini-série éponyme, scénarisée par Mark Waid et dessinée par Alex Ross.

Vous le savez si vous êtes un lecteur régulier de ce blog, j’ai une affection particulière pour Superman. L’homme d’acier a bercé mon enfance, dès mes premières heures de lecture super héroïques. La noblesse du personnage fait de lui le héros par excellence. Parfois rallié pour cette qualité à l’heure où la plupart des amateurs demandent du cynisme et de la violence, il est pourtant au centre d’oeuvres incontournables. Kingdom Come en fait partie. Superman est une de ces icônes (si ce n’est la plus grande) de la pop culture, de celles qui sont inscrites dans l’inconscient collectif. Depuis 1938, il franchit les générations de lecteurs passionnés, en s’adaptant à toutes les époques (et tous les types de lecteurs) sans perdre de vue ses fondamentaux. Son statut inégalé auprès des lecteurs ET de ses congénères super héroïques fait de lui le prisme idéal à travers lequel les auteurs livrent leur interprétation, leur propre lecture du genre super héroïque, et de son impact auprès du public.

On retrouve donc Superman, qui ne se fait plus appeler que Kal-El désormais. Il s’est retiré du monde des hommes, suite à des évènements auxquels un certain Magog est lié. Wonder Woman le pousse à sortir de sa retraite, pour « éduquer » les nouvelles générations de héros, plus promptes à abuser de leurs pouvoirs sans évaluer les risques qu’à en user avec parcimonie. Sa voix porte comme nulle autre et son retour fait l’effet d’une bombe. Et s’il faut agir avec force pour se faire entendre, il est prêt à le faire. Jusqu’à quel point ? D’autant plus que de multiples forces en présence semblent vouloir tirer profit de la situation. Plus que jamais, le fossé entre humains et surhommes se creuse. A un moment aussi crucial, la divergence de points de vue entre les héros eux-mêmes prend une autre dimension, entre ceux qui veulent instaurer un climat de confiance (Superman), rétablir l’ordre par la force (Wonder Woman) ou le maintenir par la peur (Batman).

Le scénario de Mark Waid est captivant, revenant sur le sujet épineux des limites que doivent s’imposer (ou pas) ceux qui détiennent le pouvoir. La question est au centre de chefs d’oeuvre de l’industrie des comics, comme Superman : Red Son, Batman : Dark Knight returns ou l’inégalable Watchmen. Kingdom Come rentre dans cette lignée. A un détail près : la présence de Superman apporte une dimension quasi divine à l’histoire. A ce titre, Kingdom Come est composé de quatre chapitres (plus un épilogue), chacun démarrant par une phrase tirée de la Bible. C’est d’ailleurs au travers des yeux d’un prêtre qu’on suit l’histoire. Le vieillard accompagne le spectre d’un point à un autre de l’intrigue, faisant de lui le témoin privilégié des évènements à venir. Je n’en révèlerai pas plus concernant l’intrigue proprement dite.

Kingdom Come se déroulant dans un futur plus ou moins proche, c’est l’occasion pour le duo de livrer des versions vieillissantes des personnages connus, et de les opposer à leurs successeurs souvent surprenants. Waid convoque quasiment tous les personnages qui peuplent l’univers de DC Comics. C’est un vrai jeu de découvrir des idylles, des changements d’apparence et/ou de caractère. Le scénario de Mark Waid permet à Alex Ross d’exprimer pleinement son talent. L’artiste régale à chaque page. La moindre planche de Kingdom Come est un tableau. Ross parvient comme personne à capter l’essence mythologique de ces surhommes, en plaçant toujours son regard à hauteur d’homme. Sous ses pinceaux,  Superman apparaît plus que jamais comme un dieu, Wonder Woman une guerrière magnifique et Batman un sombre héros bien torturé (dans tous les sens du terme). Il ne sert à rien d’en dire plus sur le style de cet artiste, tant ça se passe de commentaire : il suffit juste de poser délicatement son regard sur les planches et savourer.

L’album édité par Urban est exceptionnel. Il offre un rapport qualité prix imbattable, puisque pour 28 euros, nous avons droit à une pagination de 335 pages (bonus compris) dans un bel album cartonné. On y retrouve l’intégralité des bonus proposées dans l’édition Absolute Kingdom Come, publié à l’époque par Panini pour une somme avoisinant les 60 Euros ! Tout y est : postface d’Alex Ross, analyse par Mark Waid, études de personnages accompagnées de notes explicatives, répartition des bonus en fonction des forces en présence ou encore détail des différentes factions. Et tout çà sur une bonne centaine de pages ! Plus que jamais, Urban s’impose comme un éditeur de grande qualité qui ,s’il maintient ce niveau sur le long terme, risque fort de bouleverser définitivement la hiérarchie sur les étagères de nos libraires.

Kingdom Come est une oeuvre incontournable pour tout amateur de comics, signée par un duo exceptionnel. En plus, l’édition d’Urban est exceptionnelle en terme de travail éditorial qui, même si elle reprend ce qui a été fait, a le mérite d’être proposée à moitié prix par rapport à la précédente ! Normalement, vous devriez déjà avoir quitté votre écran pour foncer chez votre libraire …

9 réflexions sur “ Kingdom Come ”

  1. Commandé, car déjà en rupture de stock chez mon comic-shop. J’ai hâte de le découvrir, moi qui ne l’ai jamais lu (oui, j’ai honte !).

      1. Et si c’était LE projet d’adaptation cinématographique que DC serait bien inspiré de mettre en chantier pour contrer le carton d’AVENGERS. Au hasard, je verrais bien Bruce CAMPBELL en kryptonien vieillissant.

      2. Pas assez grand public, certains personnages n’étant pas forcément installés dans l’inconscient collectif (Flash, voire Green Lantern et pour les plus jeunes Wonder Woman). Bruce Campbell en Superman, et pourquoi pas Franck Dubosc en Batman pendant que tu y es ! ^^

  2. J’ai la première édition française soit celle en « Semic Book », je le regretterais presque tant cette édition est magnifique et représente un excellent rapport qualité-prix.
    C’est une oeuvre magnifique: le retour de l’ère héroïque après toute la période de héros sombres et réaliste initié auparavant par « Dark knight return ».
    Si seulement Panini pouvait avoir l’idée d’une telle édition de qualité et à ce prix pour led trilogies « EarthX », « UniverseX » et « ParadiseX » soit l’équivalent de Kingdom come mais dans l’univers Marvel….(j’ai les 2 premiers en 100% Marvel mais pas ParadiseX qui est introuvable…)…mais bon…il ne faut pas rêver….

    1. Urban Comis a fait une entrée fracassante sur le marché français en général, en librairie en particulier. C’est peu de dire que les objets sont de (grande) qualité, comme ce Kingdom Come. Espérons juste que ça dure !
      Une réédition de Earth X, Universe X et Paradise X serait une excellente idée (dans la collection Marvel Select par exemple ^^). Je compte d’ailleurs dessus, certains numéros étant effectivement introuvables.

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