L’âme du mal, de Maxime Chattam

Pas plus que sa jeune acolyte, le profileur Brolin ne pense que les serial killers reviennent d’outre-tombe. Fût-il le bourreau de Portland qui étouffait et vitriolait ses victimes avant de les découper. Mais le bourreau est mort et le carnage se poursuit. Le nouveau tueur agit-il seul ou fait-il partie d’une secte ? Pure sauvagerie ou magie noire ? Brolin a peur. Cette affaire dépasse tout ce qu’on lui a enseigné. S’immerger complètement dans la psychologie d’un monstre, le comprendre afin de prévoir ses crimes, devenir son double, tels sont les moindres risques de son métier. Peut-on impunément prêter son âme au mal ?

L’âme du mal est le premier volet de la trilogie du mal de Maxime Chattam. C’est également mon premier contact avec cet auteur reconnu. Avide de thrillers aux relents ésotériques, j’ai tenté de me plonger corps et âme dans cette histoire de traque. Ce qui m’a frappé d’emblée, c’est la précision avec laquelle Chattam développe son intrigue. L’auteur parvient à plonger le lecteur au sein de l’enquête. Comme le lieutenant Josh Brolin, on devient méticuleux, on recherche le moindre indice, on exploite le moindre élément, même le plus infime. Le lecteur rentre dans la peau de cet enquêteur hors pair, censé prendre du recul lors de ses investigations, pour conserver son regard objectif. Le traitement méthodique de l’enquête provoque chez le lecteur une certaine distanciation. Et c’est là que le bât blesse. Lorsque Josh Brolin s’investit de plus en plus personnellement dans son enquête, le lecteur a du mal à le suivre. Alors quand les évènements tragiques se succèdent, on peine a fortiori à ressentir l’émotion.

Il faut dire que l’esprit du lecteur est totalement absorbé par l’enquête, qui n’est pas de tout repos. Chattam malmène l’inspecteur Brolin (et le lecteur) en multipliant les (fausses) pistes. Si la première partie du livre est très courte (on y suit l’enlèvement puis le sauvetage de Juliette par Brolin), la suite se révèle plus longue et tortueuse. La traque du tueur en série s’avère classique, mais terriblement documentée. La découverte du premier corps est saisissante : des premières constations à l’autopsie, tout est relayé dans les moindres détails. Alors que les cadavres s’amoncellent, les forces de police pataugent. D’autant plus que Chattam convoque un autre grand auteur, H.P Lovecraft, en citant des livres obscurs tels le De Vermiis Mysteris ou le Necronomicon. La découverte d’un cercueil qui n’aurait pas du être vide entraîne le lecteur sur la pente glissante du thriller ésotérique. Glissante, parce que comme je l’ai écrit, le lecteur a bien plus de recul que l’inspecteur Brolin. Il rationalise, ne s’investit pas émotionnellement et ne ressent pas la peur. Il suit méthodiquement (et avec une certaine fascination) l’enquête qui progresse, jusqu’à un dénouement dur mais finalement pas si surprenant que çà, heureusement assorti d’un épilogue bien plus intrigant.

L’âme du mal fut pour moi l’occasion de découvrir un auteur intéressant. Jamais je ne me suis senti aussi proche d’une enquête criminelle, et en même temps aussi éloigné des personnages. Je lirai la suite avec intérêt, en espérant m’y impliquer de manière plus émotionnelle. Quoiqu’il en soit, l’âme du mal s’avère être un bon thriller, doublé d’un bon point d’entrée dans l’univers de Maxime Chattam.

 

4 réflexions sur “ L’âme du mal, de Maxime Chattam ”

  1. Que de flagorneries mon cher, bien que je soupçonne qu’elles n’ont pour fonction d’excuses que de dissimuler une apparente vieillesse. Tu vieillis, tu louches, ce n’est pas grave. mais ne laisses pas les choses empirer, ou tu finiras par visiter par inadvertance un blog à la gloire de Hello Kitty ! ^^

  2. Ma propension à chiner dans les blogs qui évoquent avec brio des sujets qui me remplissent de joie, associée à, c’est bien vrai, une vue défaillante (pour laquelle mon ophtalmo mène une lutte sysiphienne), m’a hélas fait marcher sur le proverbial ballon. Mon commentaire a manqué sa cible. C’est donc gentil de remettre les pendules à leur place… Ce verbiage n’a pour seule fonction que d’être le prologue à un ‘hourra’ devant ce bloc fantastico-SF.

  3. La distanciation n’est à mon avis pas forcément voulue. Pourquoi donc faire naître une bluette si ce n’était pas le cas ? L’émergence des sentiments implique que le lecteur soit touché, pour dramatiser les évènements suivants, mais il faut pour cela se sentir à proximité des personnages. Or, ce n’est pas le cas.
    J’ai pris du plaisir à lire ce roman, mais plus pour l’aspect méthodique, froid et précis de la narration.

  4. Par tuezlestrolls, qui lâche son commentaire sur le mauvais article ! Il est temps d’aller chez l’ophtalmo mon ami ! 🙂

    « Le détachement que Maxime Chattam installe dans ce roman, vis à vis de ses personnages, est volontaire d’après moi. Il ne tient pas à s’y attacher, comme il ne souhaite pas que nous ayons non plus trop d’affection pour eux. Le destin qu’il leur réserve est en effet…. chut! je ne veux rien spoiler. Sinon pour dire que le volume 2 m’a d’avantage plu. Plus sombre et plus urbain, il plonge le lecteur un peu plus dans les noirceurs de l’âme humaine. Je n’ai pas lu le tome 3. Un peu de lumière dans mes lecture m’a paru salutaire. A noter que le roman LA PROMESSE DES TENEBRES est un one-shot bien glauque (enquête dans le milieu du porno hard) qui se rattache au cycle. Un spin-off qui se penche sur le destin d’un personnage évoqué dans le volume 2, IN TENEBRIS. Maxime Chattam faisait d’ailleurs, dans la postface de ce roman, la promesse de revenir pour expliquer ce qu’il advient du personnage en question. Promesse tenu. »

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