Rage, de David Moody

Vous êtes peut-être le prochain. Tout à coup, sans raison, vous assassinez vos voisins, vos amis, votre famille, de manière brutale, vicieuse et sans pitié.
Est-ce un virus, une attaque terroriste, ou quelque chose de plus primaire, tapi depuis toujours au fond de vous ?  Mais ne paniquez pas. Mettez-vous à l’abri. Nous maîtrisons la situation. Attendez de nouvelles instructions. Ou nous vous maîtriserons, vous.

De prime abord, le sujet de Rage semble faire redite si l’on se réfère à la multitude de romans relatant une invasion de zombies et autres contaminés. D’ailleurs, Rage lorgne plus du côté de 28 jours plus tard que de la nuit des morts vivants David Moody livre son récit à la première personne, proposant des clichés déjà lus, vus, entendus mille fois, mais toujours efficaces quand il s’agit de permettre au lecteur de s’identifier au narrateur. Qui n’a jamais eu de conflit avec ses beaux-parents ? Qui n’a jamais subi un supérieur hiérarchique ? Qui ne s’est jamais dit que s’il pouvait revenir en arrière, il ferait autrement ? L’une des forces de Rage tient en cette identification au narrateur, crédible et sans faille. Et au milieu de tout çà, voilà que le monde sombre dans la violence. Sans raison apparente (premier parallèle avec la littérature zombiesque), les gens deviennent des meurtriers. Ce déferlement de haine leur vaut le dénominatif d’enragés. Ils deviennent de plus en plus nombreux et la situation est telle que les autorités sont vite débordées (second parallèle). Les politiques et les scientifiques débattent, les magasins sont pillés et les transports en commun désertés, avant de devenir inopérants. David Moody respecte les codes du genre, et à défaut d’être original, demeure efficace.

On suit donc Simmons, un fonctionnaire communal coincé entre un boulot ingrat et une vie familiale qui s’est développée plus vite qu’à son goût. Un homme quelconque dans un monde quelconque, jusqu’à ce que les premiers enragés fassent parler le sang. L’auteur use d’un style direct, courant dans ce genre de littérature. Le livre ne se démarque donc pas par sa subtilité et son sens de la bonne formule. Pour autant, ce parti-pris renforce le sentiment d’authenticité que le lecteur ressent au fil des pages. Peu importe les vulgarités qui fleurissent parfois le langage du narrateur, peu importe les effusions de sang qui éclaboussent le récit au fur et à mesure qu’il avance, on est captivé par les bouleversements psychologiques qui troublent les divers protagonistes. Moody fait dangereusement monter la pression, instillant un climat paranoïaque alors que la crise s’étend, avant de sombrer dans le chaos. Un retournement de situation intervient, changeant littéralement le point de vue, sans toutefois être totalement surprenant. En revanche, le dénouement qui en découle et le discours tenu (loin de faire dans la facilité) s’avèrent particulièrement intéressants.  L’auteur relate donc l’effondrement de la société avec un très léger message politique. Les barrières économique, culturelle, sociale et raciale disparaissent pour ne laisser que deux distinctions : eux et nous.

Rage n’est ni un chef d’oeuvre, ni le livre coup de poing que la couverture promettait. Pour autant, il s’avère un excellent divertissement finalement plus subtil qu’il n’y paraît, dont l’intelligence est masquée par une intrigue trop longtemps convenue. Il a l’avantage de se lire très vite (352 pages), et laissera la sensation d’avoir passé une très bonne apocalypse en compagnie d’enragés pas si décérébrés que çà. Un livre qui, à défaut de révolutionner le genre, s’avère d’une efficacité redoutable.

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