Superman T1 : Genèse

Arrivé depuis peu à Métropolis, Clark Kent prend ses marques en tant que reporter, et fraye avec les journalistes du Daily Planet, Jimmy Olsen et Loïs Lane. Mais il défend également la justice sous le costume de Superman, s’en prenant autant à la corruption politique qu’aux machines futuristes qui envahissent sa ville !

Superman : Genèse contient les épisodes U.S Action Comics #1-8 scénarisés par Grant Morrison, et dessinés par Rag Morales, Andy Kubert, Brent Anderson, Gene Ha, Brad Walker et Chris Cross.

Dire que j’attendais ce Superman version New 52 est un euphémisme, et ce pour trois raisons. La première, et la plus évidente, est que j’ai une affection toute particulière pour le personnage. La seconde est que ce redémarrage est supervisé par Grant Morrison. Enfin, la troisième parce que la série Superman publiée en kiosque est particulièrement décevante (et risque de sombrer complètement lorsque sortira l’année prochaine la série Superman : Man of Steel de Scott Snyder !). Bref, après un premier passage infructueux chez mon libraire le jour de sa sortie, voilà que je tiens enfin dans mes mains ce premier tome tant attendu, donc. Le résultat est-il à la hauteur de mes (grandes) espérances ?

Dès les premières pages, le ton est donné. Morrison veut dépoussiérer le mythe de l’homme d’acier, en faisant ce qu’il a toujours fait (notamment avec Batman), en retournant aux fondamentaux. Morrison a cette habitude de puiser dans le lointain passé des personnages pour faire du neuf avec du vieux. Jusqu’ici ça fonctionne. On retrouve donc le kryptonien au début de sa carrière superhéroïque. Jonathan et Martha Kent ne sont plus, et le jeune Clark a débarqué à Metropolis depuis quelques mois seulement. Il utilise ses pouvoirs pour combattre la corruption, et la presse le surnomme Superman. Si les journalistes s’intéressent au phénomène, il n’est pas encore accepté par la population. Surtout, il ne fait pas encore preuve de la sagesse et de la retenue dont il fera preuve lorsqu’il deviendra le leader des héros de la Terre. Ainsi, il agit de son propre chef pour faire justice, au grand dam d’une police aussi impuissante que revancharde. Le jeune héros est prétentieux, fougueux et pas encore pleinement conscient de son potentiel (il n’est pas encore le héros surpuissant qu’on connaît). Les premiers épisodes nous renvoient à ses premières années (dès 1938 ndlr), lorsque Superman et ses pouvoirs incroyables se contentaient de lutter contre le crime organisé et la prohibition. Morrison écrit un Superman proactif et rebelle, prônant un discours que ne renierait pas un Mélenchon. Sa première phrase est d’ailleurs lourde de sens dans le contexte social actuel : « de riches salauds ». Le « salauds de riches » n’est pas loin. Alors, Superman politiquement incorrect ? C’est ce qui apparaît au cours des planches suivantes qui s’enchaînent à la vitesse d’un TGV. Et déjà au bout de deux épisodes, on se dit que vraiment, ce Superman là enterre son alter égo édité en kiosque. C’est mené sur un rythme tambour battant.

Et c’est précisément sur ce point que le bât blesse. Tout va trop vite. Kal-El endosse le costume de Superman et pend son envol un peu trop rapidement. On aurait aimé que Morrison s’attarde plus longtemps sur cette période « minimaliste » au cours de laquelle Superman émergeait de la société, celle où il n’avait pas encore à affronter les menaces venues de l’espace. Tout est déjà là : Luthor et son discours protectionniste, le général Lane, la défiance de la population vis à vis d’un individu différent et potentiellement supérieur. La séquence où l’homme d’acier subit la torture qui n’a pour but que de découvrir les limites et les faiblesses d’un tel pouvoir (quand il ne s’agit pas tout simplement de faire mal) est parlante. La peur de l’autre, le rejet de la différence, tout ces maux qui émergent dans les quatre coins du globe se retrouvent un peu trop vite expédiés par Morrison. Espérons que ce sera exploité dans l’avenir. Pour autant, ça a au moins le mérite d’être clairement (ré)exposé. Qui a dit que les comics n’étaient pas le reflet de notre temps ? Finalement, on n’a pas le temps de savourer qu’il faut déjà affronter Brainiac. A partir de là, le scénario devient un calque de tout ce qui se fait dans ce genre de production (il suffit de comparer avec le scénario de Geoff Johns sur Justice League, l’humour vaseux en moins). Au rayon petites nouveautés, On appréciera (ou pas) un clin d’oeil aux détracteurs du personnage, puisque pour dissimuler son identité, non seulement Superman s’équipe de binocles du plus mauvais effet, mais en plus il s’ébouriffe les cheveux pour adopter une coiffure indigeste. Z’êtes content maintenant ? Voilà, çà, c’est fait, je déconnecte le mode fan de Jean-Louis David pour revenir sur l’aspect visuel de l’album.

La partie graphique est essentiellement assurée par Rags Morales. L’artiste est accompagné d’autres dessinateurs oeuvrant sur des interludes (scénarisés par Sholly Fisch) et des épisodes flash back.D’ailleurs, il convient de préciser qu’Urban a choisi une présentation chronologique des épisodes en prenant pour fil conducteur l’histoire principale, passant ainsi de Action Comics #4 au #7 (les épisodes intercalaires étant présentés après). Dès les premières planches, le lecteur plonge dans l’ambiance. Superman apparaît sombre et mystérieux, son visage reste dissimulé dans une ombre où seuls rougeoient ses yeux. Au fur et à mesure que le lecteur (et la population) découvre le personnage, les couleurs s’intensifient. Les séquences rythmées s’enchaînent, rappelant que la revue Action Comics porte bien son titre. Son style est très efficace, et on prend plaisir à redécouvrir ce Superman là. Là aussi, le dessinateur revient aux fondamentaux du personnage lorsque celui-ci adoptait une position de coureur lorsqu’il bondissait ou volait. L’éditeur revient sur ce point à l’occasion de bonus situés en fin d’album. On y retrouve des recherches de couvertures, des covers alternatives, des croquis de Morales et des notes explicatives de l’auteur et de l’artiste. Pour ce vrai retour de l’homme d’acier sur le devant de la scène, Urban a bien fait les choses en lui consacrant un volume de la collection DC Renaissance plus conséquent que les autres.

Superman : Genèse confirme donc les espoirs placés dans la série écrite par Grant Morrison (qui a déjà annoncé qu’il quitterait le titre bientôt). C’est l’occasion de redécouvrir une icône de la culture pop en général, du monde des comics en particulier, au travers d’une écriture intelligente dont on aurait juste aimé qu’elle se pose un peu plus. Vivement la suite !

9 réflexions sur “ Superman T1 : Genèse ”

  1. Et bien pour ma part j’ai adoré ce volume de Superman.
    J’ai toujours eu du mal avec ce personnage trop « super ». Quel est l’intérêt d’un personnage dont la seule faiblesse est la kryptonite: les idées de scénario sont plutôt limitées……
    Et bien en fait toute la force de personnage consiste en fait en sa plus grande faiblesse: lui-même.
    Grant Morrison fait partie des auteurs qui ont su voir cet aspect et cette richesse du personnage: sa difficulté à admettre sa condition de modèle, mais aussi les erreurs qu’il peut faire en voulant à tous pris tout contrôler et prendre sur lui afin de protéger les autres.
    « Red son  » et « Kingdom Come » (de Waid) sont respectivement des exemples de ces erreurs et faiblesses de ce personnage.
    Dans le présent album, nous retrouvons un superman débutant, et sous un aspect sous lequel nous l’avons rarement vu: début de journaliste avec une verve utopiste, voulant défendre la veuve et l’orphelin mais sous un aspect social (on renoue ici avec le personnage d’origine qui luttait contre les mauvais patrons et les criminels à la même ancienne), et on le voit aussi avec des pouvoirs non encore totalement exploités.
    Les différents début de superman revoient toujours sa période smallville (impact de la série??????, accrocher l’ado????) mais développent rarement l’aspect journaliste engagé de Clark kent et le côté « lutte des classes » des interventions de Superman.
    C’est ici une bonne optique (à mon sens adoptée par Morrison).
    Nous voyons peu les parents…..Et alors!!!!!
    Les apparitions et flahback les concernant sont d’autant plus puissants et forts qu’ils révèlent uniquement les principes inculqués à Clark et que ce dernier se remémore quand il doute; nous donnant ainsi la possibilité à chacun de développer à partir de là les autres aspects des parents Kent. chaque lecteur à partir de moeurs et principes exposés va pouvoir s’approprier les personnages à sa manière les rendant ainsi plus attachant (on rapportera toujours à nos propres références; nos parents ou grands parents…).

    Les autres aventures sont très bonnes: réintroduction de la légion des super héros…..
    Celle sur les parents Kents aussi….la seule faiblesse étant celles sur Steel (John Irons) quoique largement supérieur à ce que peut faire marvel en ce moment.

    Ce comics m’a converti à ce personnage, permettant de fair le lien avec l’autre série et de mieux comprendre le côté « râleur » et les reportages « sociaux » de Clark Kent mais malheureusement moins bien abordés par PEREZ……on sent qu’il effleure quelque chose mais ne va pas au bout comme a su le faire Morrison.

    Excellente lecture donc pour moi , j’espère que la suite sera du même accabit.
    Et pourtant je partais à reculons et ai hésité à le prendre.

    1. Ce qui me dérange avec cet album, c’est le rythme trop rapide. Comme toi, je trouvais intéressant ce côté utopiste du journaliste débutant, et ce Superman pro actif. (on a d’ailleurs la même vision du personnage en ce qui concerne sa plus grande faiblesse) j’aurais vraiment aimé que Morrison s’attarde plus sur cet aspect (et cette période) du personnage. Car c’est le chainon manquant qui explique les articles sociaux du futur journaliste du Daily Planet. Je trouve que c’est donc sous exploité dans ce premier tome, et vu la vitesse à laquelle Kal El endosse le costume de Superman, je me demande bien comment la suite pourra se poser …

      Ceci dit c’est une lecture que je ne regrette pas, et qui est quand même bien supérieure à la série publiée en kiosque😉

      1. Mais il s’agit justement d’une introduction… Rien ne dit que nous passerons directement au présent dans la suite. Si Superman a trouvé son costume (d’ailleurs, jolie trouvaille scénaristique), il n’en a pas pour autant perdu sa motivation et son idéalisme. Il en a seulement appris plus sur ses origines et krypton.

      2. Pour une introduction, l’impression que j’ai ressentie est que Morrison ne pose pas son histoire. Autant sur les deux premeirs épisodes (superbes) on découvre un nouveau Superman, politisé etc, autant la mécanique s’emballe trop vite : Metallo, Brainiac, le costume, les origines … J’aurais préféré que Morrison prolonge ce qu’il a très bien fait au départ, en rappelant à nos bons souvenirs qu’avant d’être le sauveur du monde, Supes luttait contre le crime organisé. Attendre un peu avant de le confronter à des menaces d’ampleur extraterrestre aurait eu plus d’impact (plus tard) et aurait crédibilisé le scénario de Justice League par la même occasion. Après ce n’est que mon avis😉

  2. Je n’ai pas super accroché, à vrai dire. Je ne l’ai pas terminé. Il est vrai que le kryptonien n’est pas, pour moi non plus, une idole à qui je pardonne tout. Morrison m’a habitué à beaucoup mieux: Batman, ou son boulot chez Vertigo (Us3, ou plus récemment Joe the barbarian, un one-shot de très bonne tenue, dans lequel superman et le chevalier noir font un cameo remarqué). L’idée d’un Superman jeune, et découvrant ses pouvoirs, me semblait extrêmement séduisante, mais hélas, je trouve l’ensemble assez médiocre. D’aucuns (loran83?) me trouveront sans doute de mauvaise foi, arguant que mon opinion était à prévoir. Et pourtant, salivant déjà à la pensée d’une adaptation ciné dont j’attends beaucoup, je ne demandais pas mieux que de m’incliner devant ce truc pas totalement raté, mais trés loin d’être la réussite espérée. Pas de volume 2 pour moi.

    1. Je te rassure, je ne pardonne pas tout à Superman (lis ce que je pense de la série publiée en kiosque). Maintenant il est vrai que le rythme imposé par Morrison ne colle pas vraiment à ce qu’on pouvait attendre de l’homme d’acier (la famille Kent, la découverte et l’apprentissage des pouvoirs, l’émergence d’un héros à Metropolis). c’est trop vite expédié. J’espère que la suite de la série ne fera pas doublon avec celle pitoyable signée Perez …
      N’importe comment une série Man of Steel scénarisée par Scott Snyder est sur les rails pour 2013 (film oblige). Avec Jim Lee au dessin ?
      P.S : pas besoin d’avancer ta mauvaise foi légendaire à chaque fois, c’est ta marque de fabrique ^^ Mais au sujet de Superman, j’en viens à me demander si ce n’est pas un personnage que tu aimes ne pas apprécier😉

      1. Je crois que la raison pour laquelle j’ai un peu de mal avec Kal-el est exactement la même que celle pour laquelle il est ton personnage fétiche: le côté trop manichéen de ses aventures. Avoir à faire systématiquement à un boy-scout en rouge et bleu, bien sous tous rapports, est un peu lassant. Le vigilante de Gotham, ou l’homme araignée, pour ne citer qu’eux, sont plus troubles, plus nuancés. J’y adhère plus facilement, donc. Ceci dit, des récits de qualité sur Superman, ca ne manque pas (Kingdom Come, le pourtant kitchissime Superman vs Muhammad Ali…), et j’attend de pied ferme le Snyder (tu me l’apprends, c’est aussitôt sur ma liste de commissions), ainsi que le DC signature Geoff Jones presents prévu en janvier.

  3. J ai pas du tt accroche. Faut dire que le man of steel est pas mon favoris. Les dessins sont tres irreguliers allant du tres bon (qd rags a le tps) au tres mauvais voir baclé… Bref si on est fan je comprend ms pr les autres je ne pense pas qu il soit indispensable. A la difference d un superman red son!

    1. Superman Red Son apparaît plus comme un classique, je suis bien d’accord (il est dans mes indispensables, pas cet album). Après pour ce qui est de l’affection qu’on peut porter à un personnage (ou pas) comme on dit, « les goûts et les couleurs … »😉

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