Batman : un long Halloween

Un long HalloweenQuelques mois après sa première victoire contre l’empire du crime qui phagocyte Gotham, le vigilant Batman enquête sur une série de meurtres perpétrés uniquement lors des fêtes. travaillant en parallèle avec le jeune procureur Harvey Dent et le capitaine de police James Gordon, le Chevalier Noir engage une course contre le calendrier morbide qui égrène chaque mois une victime supplémentaire. Une enquête dont la conclusion pourrait bien sonner la chute du plus grand espoir de Gotham, et la naissance de l’une de ses pires créatures …

Dès son arrivée sur le marché hexagonal, Urban avait publié Batman : Amère victoire en grandes pompes, montrant par là même ses muscles et ses ambitions pour son planning à venir. Cependant il manquait la première partie de l’histoire (éditée par Panini) dans le catalogue de la filiale de Dargaud. C’est désormais chose faite. Urban réédite donc ce Long Halloween, et votre serviteur a donc enfin pu savourer la saga dans son intégralité. L’occasion de revenir sur un diptyque essentiel, et de faire un focus sur le travail de deux grands noms de l’industrie des comics que sont Tim Sale et Jeph Loeb.

IMGP2204Un long Halloween, qu’est ce donc ? Entre deux fêtes des morts, Batman et ses alliés James Gordon et Harvey Dent, s’échinent pendant toute une année à tenter de stopper Holiday, un tueur en série qui planifie ses crimes en fonction des fêtes du calendrier. Une intrigue classique de justicier masqué sur les traces d’un psychopathe ? Oui, car ce genre fait partie des meilleures histoires de Batman (L’asile d’Arkham, The killing Joke, Joker), mais pas seulement. Batman : Un long Halloween fait office de suite directe du fameux Année Un, tant l’histoire (et l’atmosphère) s’inscrit dans la lignée du travail de Frank Miller et Mazzucchelli. Un long Halloween remonte aux origines de la mythologie Batman, et c’est en plein polar que nous entraine le duo Loeb / Sale. Le génie de Jeph Loeb est de mélanger les genres avec subtilité. D’une tragédie qui n’est pas sans rappeler  Le Parrain (certaines séquences y font directement allusion) au thriller pur et dur, en passant par les incontournables codes du film noir (avec Catwoman en femme fatale délicieusement ambivalente), il nous entraîne à la poursuite de Holiday.

IMGP2198Dans le sillon d’un Batman aux abois, le lecteur découvre une Gotham pourrie et corrompue jusqu’à la moëlle, gangrénée par les familles mafieuses dont les Falcone et les Marsoni, dans laquelle deux hommes croient encore en un idéal de justice : le flic Gordon, et le procureur Dent. Le triumvirat qu’ils composent avec la chauve-souris est la pierre angulaire du récit et rappellera aux cinéphiles combien Nolan a eu raison de puiser dans le travail d’auteurs comme Miller ou Loeb pour ses adaptations cinématographiques. Loeb dresse un portrait tout en finesse mais sans concession de deux hommes qui se donnent corps et âme dans leur lutte contre le crime, au risque de s’y perdre. Devant nos yeux se redessine une nouvelle Gotham, bien plus dangereuse qu’il n’y paraît, avec l’émergence d’une galerie de criminel hors du commun. La carrière de justicier de Batman va prendre une autre dimension, celle qu’on lui connaît aujourd’hui.

IMGP2202Je n’en dévoilerai pas plus sur les éléments de l’intrigue, tant l’histoire mérite d’être découverte par ceux qui ne l’ont pas déjà lue. Il est temps de parler du travail exceptionnel de Tim Sale. l’artiste livre ici des planches superbes. Son style fait d’à plat de noirs et de lignes fines rappelle là encore un certain Frank Miller, même si avec cette saga, il s’en affranchit pour imposer son propre trait. Le noir est omniprésent. Batman émerge et retourne dans l’ombre au gré des cases, sa présence pesant sur tout Gotham. Son travail est cadré (chaque épisode démarre par une pleine page) et parfaitement maîtrisé. Surtout, là où Sale impressionne, c’est dans cette faculté de retranscrire l’émotion, en épurant les cases pour mieux recentrer l’intérêt du lecteur, sur les sentiments, et les mots qui les accompagnent. Qu’il s’agisse des difficultés relationnelles chez les Gordon et les Dent, ou celles plus familiales chez les Falcone, comme dans le séquences d’action (qui ne sont pas le centre du récit), l’art de Tim Sale explose à chaque page.

IMGP2203L’éditeur Urban livre là encore une copie parfaite. Au delà du prix très attractif pour un ouvrage de cette qualité (35 euros pour environ 400 pages dans un album cartonné), c’est une nouvelle fois le travail éditorial de qualité qui emporte l’adhésion. En guise d’introduction, le lecteur a droit à une interview de Christopher Nolan et David Goyer, créateurs de la saga Batman au cinéma. En fin d’album, on retrouve des esquisses, des travaux préparatoires (couvertures et recherches de personnages) avec des notes explicatives du scénariste et de l’artiste, mais également un long entretien entre les deux hommes et Archie Goodwin. Urban propose donc une série de bonus complétant judicieusement la lecture de du récit raconté par Loeb et Sale. Une évidence pour l’éditeur.

Batman : un long Halloween est simplement un grand et beau moment de lecture. Loeb et Sale signent ici le premier opus d’une saga définitive qui devint d’emblée un classique du genre. Une œuvre indispensable pour les amateurs du chevalier noir, incontournable pour ceux qui ont apprécié le travail de Nolan au cinéma. Essentielle pour tout amateur de comics.

5 réflexions sur “ Batman : un long Halloween ”

  1. Je l ai pris et j ai aussi pris amere victoire je me languis de lire. J adore l ambiance de year one (un peu moins les dessins mm si cela s inscrit parfaitement dans le style du comics). Je pense qu avec ces deux pavés je vais me regaler.

  2. Merci de ne pas avoir spoiler! J’ai hésité à l’acheter (car cher pour ma faible bourse) mais donc apparemment il faut aussi que j’achète avant Year One et après Amère victoire pour que ce soit complet?

    1. Pour que ce soit complet il te faudra Batman : Amère victoire, la deuxième partie de ce diptyque. Malgré tout, tu peux lire celui là en totale indépendance, mais ce serait dommage de passer à côté de sa suite🙂.
      Sincèrement, je te dirais de foncer lire les trois mais bon … Si tu devais n’en choisir qu’un, lis le Year One, parce que c’est le premier en terme de chronologie (idéal pour commencer donc), et qu’il te préparera à moindre prix (17 euros) à une atmosphère que tu retrouveras dans Un long Halloween et Amère victoire. Si tu n’aimes pas, tu auras moins d’euros à regretter (mais pour ne pas aimer Year One, il ne faut pas aimer Batman du tout ^^).

      1. Oki! Merci du tuyau!^^ Ben j’aime The Killing Joke, Joker et Dark Knight (un peu moins). J’ai lu peu de Batman comme tu peux voir, mais j’aime cet univers sombre, psychologiquement intéressant!😄 J’aime les méchants!^^

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