Dôme, de Stephen King

Un matin d’Automne, la petite ville de Chester’s Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible. Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand – ou si – il finira par disparaître. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur se raréfient. Jim Rennie, premier adjoint de Chester’s Mill, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe. Un nouvel ordre social régi par la terreur s’installe et la résistance s’organise autour de Dale Barbara, vétéran d’Irak et chef cuistot fraîchement débarqué en ville …

Crise oblige, j’aurais attendu la parution au format poche du diptyque Dôme pour m’attaquer à sa lecture. Le pitch amenait à la curiosité, même s’il laissait planer un parfum de déjà lu. A l’heure où viennent de sortir deux romans de King (22.11.1963 et Docteur Sleep), je viens de refermer le second tome de Dôme. Il est temps (pour moi) de parler de cet opus signé par le maître de l’horreur.

Chester's Mill

Après des romans à caractère introspectif, Stephen King revient à ses fondamentaux, à savoir torturer une communauté isolée, en proie à un élément fantastique. Un virus dans Le fléau, une tempête dans La tempête du siècle, une cloche invisible dans Dôme. Les habitants de la bourgade de Chester’s Mill, livrés à eux même, se révèlent. King s’attarde alors sur les comportements puis les agissements d’une population coupée du reste du monde. Il y a ceux qui choisissent de faire fi du système en imposant le leur et ceux qui organisent la résistance. Dôme est donc une parabole sur le totalitarisme, avec à l’appui couvre-feu, interdiction de l’expression, milice violente, étouffement de la liberté de la presse, manipulation de masse … Il y a bien sûr les assoiffés de pouvoir, les ultraconservateurs qui sont toujours une cible de l’auteur, et les marginaux, les laissés pour compte et les adolescents, qui bénéficient quant à eux de toute son affection.

On retrouve chez King ce sens inné du détail, sa propension à prendre son temps pour bien installer les personnages et les lieux. Parmi les personnages marquants, celui de « Big » Jim Rennie conseiller municipal despotique de Chester’s Mill retient forcément l’attention. Du classique pour les (nombreux) fans de l’auteur. Sauf que King a déjà écrit ce livre. Plusieurs fois. Ainsi, malgré ses qualités (et ce sens de la formule qui n’appartient qu’à lui), Dôme ne prend pas. Si l’auteur a (toujours) beaucoup de choses à dire sur le sujet, l’impression qui se dégage de la lecture est qu’il prend trop de pages pour le faire. Parce qu’à l’Ouest, rien de nouveau. C’est comme s’il avait absolument tenu à faire de cette histoire post 11 Septembre une œuvre dense, pourtant bien loin de la complexité et de la puissance apocalyptique du Fléau. Tant et si bien que si King est un spécialiste des romans interminables mais passionnants, son intrigue avance difficilement, poussant à n’en retenir que la longueur. En revanche, Dôme a su séduire les producteurs, qui l’ont déjà adapté sous forme de série pour le petit écran.

Je ne considère donc pas Dôme comme étant le(s) meilleur(s) roman(s) du King. Mais ne nous y trompons pas. Dôme n’est pas un mauvais livre. Il n’y a simplement aucune raison de crier au génie à sa lecture, et de fêter le grand retour de Stephen King à ses plus belles heures. Une fois lu, une fois rangé. Ce qui n’empêchera pas d’attendre fébrilement le prochain …

 

2 réflexions sur “ Dôme, de Stephen King ”

  1. j’abonde un peu dans ton sens, même si je ne suis pas d’accord à 100% (ça serait trop facile, par crom!). Certes, DOME n’a pas la carrure des méta-romans que son LE FLEAU (chef-d’oeuvre absolu du maître), ou CA (géniale mise en scène de l’opposition bien/mal, et qui contient le passage littéraire le plus térrifiant qu’il m’ait été donné de lire). D’autant que ces 2 romans ont en plus l’avantage de s’insérer habilement dans le gigantesque corpus Kingien qu’est le cycle de la tour sombre. DOME part donc avec un handicap lourd par rapport aux 2 œuvres auprès desquelles il tente visiblement de se mesurer. Là où je tempèrerai quelque peu ta sévérité, c’est quand je lis: « une fois lu, une fois rangé ». Par principe, ayant pour ma part dit cela trop souvent lorsque j’ai refermé un King récent (ROADMASTER anecdotique; DUMA KEY totalement raté, CELLULAIRE parti sur les chapeaux de roues mais le joint de culasse pète à la moitié du livre; HISTOIRE DE LISEY idem -mais une authentique scène de pétoche digne de CA m’a cueilli comme il faut à mi-bouquin), je n’ai pu me résoudre à la jouer blasé lorsque j’ai achevé de lire les mésaventures des habitants de Chester’s Mill. Je n’ai pu m’empêcher d’afficher le même sourire satisfait que lorsque j’ai lu les authentiques réussites que sont COEURS PERDUS EN ATLANTIDE, SAC D’OS, ou bien DESOLATION, qui, bien que récentes, prouvent que Stephen KING, lorsqu’il s’en donne la peine, sait donner un sens au terme « page-turner ». Je range donc DOME dans cette catégorie. Une fois lu, une fois rangé, certes, mais en bonne place. Là, je suis dans 22/11/63. J’ai peur de ne pas avoir le même enthousiasme, mais je te dirai ça une fois le livre terminé.

    1. Un page turner, c’est pour moi un livre au suspense haletant dont tu parcours les pages sans pouvoir t’arrêter. J’ai effectivement tourné les pages de « Dôme », mais pour pouvoir en terminer😉
      Plus sérieusement, je n’enfonce pas ce bouquin, il est juste anecdotique en comparaison de ce que fait majoritairement King. Si je suis tes comparaisons, hormis « Coeurs perdus en Atlantide » qui dort dans ma bibliothèque depuis sept ou huit ans sans avoir été ouvert (oui je suis un mécréant), je trouve que « Dôme » est à des lieux de l’intelligence de « Sac d’Os » ou de la redoutable efficacité de « Désolation ».
      Quant à 22/11/1963, je saurai ce que ça vaut … en livre de poche😉

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