Sin City, les tomes de la réédition

The hard goodbye, J’ai tué pour elle, Le grand carnage, Cet enfant de salaud, Valeurs familiales, Des filles et des flingues, L’enfer en retour … autant de titres évocateurs qui font de la collection Sin City un must du genre. Issue de l’imagination et des doigts de Frank Miller, la série Sin City est revenue il y a peu sous la forme d’une réédition chez l’éditeur Rackham. L’occasion immanquable d’arpenter de nouveau les rues sombres de la ville du pêché. Les albums sont cartonnés, avec une tranche arrondie, et surtout, ornées de nouvelles (et superbes) illustrations de couverture inédites dessinées bien évidemment par Frank Miller. Si le bonhomme en question suscite la controverse depuis quelques années, ayant opéré un virage polémique depuis les attentats du 11 Septembre 2001 (Holy Terror, certaines de ses déclarations) qui apportent un éclairage nouveau sur certains aspects de son oeuvre, il ne faut pas oublier son impact dans l’histoire des comics. Miller a quand même révolutionné et ressuscité Daredevil et Batman, rien que çà (son run sur Daredevil jusqu’au mythique Born again, Batman : Year one, The dark knight returns), et imaginé cette fameuse Sin City.

La série eut un tel succès qu’une adaptation vit le jour en 2005, co-réalisée par Robert Rodriguez et Frank Miller himself. Le terme co-réalisation cachant à peine le manque d’inspiration pur et simple de Rodriguez, se contentant de mettre en images la bande dessinée, plan par plan, ou plutôt cases par cases. Ce qui n’enlève rien à la qualité du film, mais laisse dubitatif quant à la démarche artistique… Bref, alors que le second volet vient de sortir au cinéma, et que la réédition touche à  sa fin (il ne reste que le septième et dernier tome à sortir), j’ai choisi de revenir sur Sin City. Il y a tant à dire sur le sujet. Commençons par planter le décor. Sin City, la ville du pêché, est une jungle urbaine animée par le vice et la violence. Une cité où trouver un habitant honnête revient à se lancer dans la quête du Graal. On y croise des politiciens véreux, des femmes de petite vertu, des flics corrompus, des religieux dérangés, des psychopathes en liberté et bien sûr, des truands. Dans cet univers où bonté et compassion sont inexistantes, ces derniers font office de héros. Quiconque aura lu la série se rappellera ainsi de l’inénarrable Marv !

Brute épaisse à la personnalité peu amène et au visage ravagé, c’est lui qui ouvre le bal des balles tout sauf perdues. Il passe une nuit avec une femme sublime, Goldie. La chose est rare, et l’homme tombe amoureux. Mais voilà : au petit matin, il se réveille à côté d’un cadavre. Les flics débarquent un peu trop vite, ça sent le complot à plein nez. La meilleure défense est l’attaque, et Marv va appliquer cet adage à la lettre. Et l’homme n’est pas du genre à faire dans la dentelle. The hard goodbye donne le ton de ce que sera la série. Noir, très noir, atmosphère aussi tendue qu’un café corsé. La société est en déliquescence totale, dirigée par les corrompus et les incompétents. Quand ils ne sont pas sournois, Les hommes sont brutaux, les femmes sensuelles. La place de ces dernières dans l’oeuvre de Miller n’aura de cesse de faire jaser. Tour à tour putes ou strip-teaseuses, femmes fatales ou paumées, ce sont pourtant elles qui sont moteur de l’intrigue. Qu’on cherche à les venger, à les protéger ou tout simplement qu’on veuille tuer pour elles. De Goldie (the hard goodbye) à Karen Page (Born again), il y a toujours une femme chez Miller, et elle est souvent accompagnée d’emmerdes !

Miller joue brillamment avec les codes du film noir, en les poussant à l’extrême, et les références sont nombreuses (Last Seduction, excellent film de John Dahl, entre autres), il repeint à l’hémoglobine les classiques du genre. Son sens du dialogue frappe aussi fort et juste que les mandales distribuées par ses personnages. Miller est fasciné par la violence urbaine. L’ambiance est saisissante, et le choix de traiter le graphisme en noir et blanc (à quelques tâches de couleur près) renforce la noirceur de son univers. Mais pas seulement. L’art de Miller prend toute sa mesure dans les planches de Sin City, et s’appuie sur un découpage parfois très cinématographique. L’atmosphère qui se dégage des planches happe le lecteur. Le jeu sur le contraste et la lumière est particulièrement intelligent et maîtrisé : certaines cases sont en noir sur blanc, d’autres en négatif, en blanc sur noir. L’aspect graphique devient alors singulier, et fait de Sin City une expérience visuelle inédite. La galerie de personnages haut en couleurs (!) et leur profondeur densifie le récit au fil des planches. On retiendra entre autres Marv, mais aussi Nancy la strip-teaseuse, ou encore Hartigan, flic au bout du rouleau et au coeur fragile.

La performance graphique est à la hauteur de la maturité des scenarii, ce qui fait de Sin City une oeuvre rare, aboutie, à l’ambition formelle que seuls les grands peuvent nourrir. La belle réédition de la série en sept tomes chez Rackham constitue une nouvelle occasion de replonger dans les ruelles sombres de cette ville gangrénée par le vice.

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