Scarlet T.1 : L’indignée

Scarlet Rue est une jeune femme menant une existence semblable à la plupart des jeunes de sa génération. Elle se pose avec son fiancé Gabriel. Jusqu’au jour où le couple est victime de flics véreux. Miraculeusement, Scarlet survit pour découvrir que le ripou a obtenu une promotion et que le nom de son défunt amour est sali. elle va alors se lancer dans ce qui démarrera comme une quête vengeresse pour se transformer en action de grande ampleur. La jeune Rue est en marche, et le chant qui l’accompagne est celui de la révolution.

Scarlet : l’indignée regroupe les cinq premiers épisodes de la série Scarlet scénarisée par Brian Michael Bendis et dessinée par Alex Maleev.

John Lennon chantait : « tu dis que tu veux une révolution, et bien tu sais, on veut tous changer le monde. Mais quand tu parles de destruction, ne sais-tu pas que tu ne peux pas compter sur moi ? ». Scarlet, elle, veut la révolution et qu’importe la destruction qui va avec. Elle ne reculera devant rien pour faire porter son message, pour faire opérer une prise de conscience à grande échelle. La corruption, l’autoritarisme sont des maux qui gangrènent la société, et qui font leurs victimes parmi les rangs des innocents. On a vu, entendu, lu ce message des centaines de fois. Dans l’univers de la bande dessinée, on pense bien sûr à V pour Vendetta d’Alan Moore, un des fleurons du genre. Le sujet prête souvent à polémique, pas tant pour le constat évident qu’il dresse, mais plutôt pour les moyens employés afin de solutionner le problème. L’extrême n’est jamais loin et raconter les exploits d’un vigilante reste toujours un exercice délicat et sulfureux, et qui de surcroît demande de la part du lecteur un recul nécessaire.

De terroriste à révolutionnaire il n’y a qu’un pas, et c’est sur le fil ténu de l’ambigüité que marche avec brio le scénariste. Bendis (qu’on ne présente plus) est malin, et ne se livre pas à un simple exposé sur l’auto-défense. Il fait de Scarlet un personnage fort, doué d’un réel caractère. Il utilise un artifice simple mais ô combien efficace : le personnage principal s’adresse directement au lecteur. Ce faisant, il réussit doublement son coup. D’une part, il développe une vraie empathie pour Scarlet, dont on peut toujours réprimer les actes, mais dont on comprend les motivations. Le jeune femme n’est pas née révolutionnaire. C’est un évènement tragique qui donnera un sens à sa vie. D’autre part, il immerge totalement le lecteur dans le récit, et le rend actif de sa propre réflexion. On ne suit pas les évènements qui s’enchaînent, on les analyse, on les comprend, on les juge. Pour cela, il multiplie les points de vue, en utilisant une inspectrice déchargée de l’enquête parce que trop compréhensive, qui s’adresse elle aussi au lecteur, devenant un contrepoint idéal au personnage de Scarlet.

L’histoire regorge de séquences particulièrement réussies, comme ce coup de téléphone adressé par Scarlet au commissaire de Portland. Une des scènes clés de ce livre est la séquence où le maire de Portland, le chef de la police et l’agent du F.B.I assistent en direct au rassemblement d’une foule lors d’une manifestation de soutien à Scarlet. Intelligent et sans concession, le scénario de Bendis fascine tant par la qualité de ses dialogues que par la tension qui s’en dégage. Au delà des enjeux politiques soulevés par la figure révolutionnaire, c’est le traitement de la masse qui fascine. Que ce soit par l’intermédiaire des médias (presse, internet, télévision), chacun tente de faire basculer l’opinion publique dans son camp. Les autorités manipulent l’information (le meurtre de Gabriel), Scarlet utilise les médias pour faire passer son message au grand jour (la séquence du téléphone). C’est bien connu, de nos jours, une guerre a de grandes chances d’être gagnée par le camp qui remporte la bataille de l’information.

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L’autre gros atout de Scarlet, c’est son dessinateur Alex Maleev.  Son style urbain colle à la perfection à l’ambiance voulue par Bendis, et à l’intrigue qui se développe. Il opère un travail hyper réaliste, nerveux, dur et sombre. Du Maleev au sommet de sa forme, rappelant à quel point ce duo là est doué (on pense à leur collaboration sur Daredevil notamment). Les planches dressent un portrait sans concessions d’une ville ravagée par la corruption, où se lève petit à petit le vent de la révolution. On se régale à profiter de ses artifices à lui, comme ces planches composées de vignettes aux dimensions similaires, résumant en quelques dessins les éléments marquants de la vie de la jeune femme. Le tour est original, efficace et non dénué d’humour ! Ce qui achève de faire de Scarlet une de ces oeuvres où la forme et le fond sont en parfaite adéquation.

Scarlet, l’indignée s’impose comme une lecture essentielle. Moins cérébral que V pour Vendetta, mais plus rentre-dedans, elle illustre parfaitement ce sentiment de colère qui brûle dans le cœur de la jeunesse d’aujourd’hui, mais pas seulement. Un must have !

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