Moi, Lucifer, de Glen Duncan

Prisonnier (par la volonté de Dieu) du corps d’un écrivain fraîchement suicidé et chichement membré, moi, Lucifer, Ange Déchu, Porteur de Lumière, Prince des Ténèbres, de l’Enfer et de ce Monde, Seigneur des Mouches, Père du Mensonge, Suprême Apostat, Tentateur, Antique serpent, Séducteur, Accusateur, Tourmenteur, Blasphémateur et, sans contestation possible, Meilleur Coup de l’Univers Visible et Invisible (demandez donc à Eve, cette petite garce), j’ai décidé – ta daaaah ! – de tout dire. Tout ? Presque. Le funk. Le swing. Le boogie. Le rock … C’est moi qui ai inventé le rock. Si vous saviez tout ce que j’ai inventé : la sodomie, bien sûr, la fumette, l’astrologie, l’argent … Bon, on va gagner du temps : tout, absolument tout ce qui vous empêche de penser à Dieu. C’est à dire à peu près tout ce qui existe.

Ce roman de Glen Duncan (aucun lien de parenté avec Hal, l’écossais) présente ni plus ni moins qu’une autobiographie du diable. Le sujet, si excitant soit-il, ne réserve aucune surprise, tant sur le fond que sur la forme. Le ton se veut ironique, sarcastique, provocateur, irrévérencieux… et finalement trop attendu de la part de l’ange déchu qui se moque de la condition humaine. Pour enfoncer le clou, il habite le corps fraîchement refroidi d’un écrivain en pannes, sexuelle et d’inspiration. Le parallèle qui s’établit entre le regard que porte l’auteur sur lui-même (qui se met en scène au travers de l’hôte, Declan Gunn, subtil anagramme) pèse lourdement sur le livre. Il en profite pour surenchérir dans la dérision (son rapport à la femme, et au sexe). Il se donne le rôle du prisme par lequel Lucifer révèle les travers de la condition humaine. Une manière pour lui de contrebalancer le nombrilisme du satané narrateur.

Roman aux accents rock’n’roll et pamphlet anti-chrétien, Moi, Lucifer se contente donc de livrer un monologue s’étalant sur plus de trois cent pages. Si les révélations de Lucifer commencent par amuser, leur succession finit par lasser. Ce sentiment se renforce par la structure même du récit, au chapitrage absent. A la lecture de ce roman, c’est à se demander si la simple nouvelle n’aurait pas été un format plus approprié. Il s’en dégage alors un sentiment global de déception et d’ennui, un comble pour le Prince des Ténèbres. Au rayon des autobiographies divines, on retiendra plutôt le très académicien Mémoires de Zeus de Maurice Druon.

Moi, Lucifer s’avère une lecture sympathique dans ses premières pages, mais lassera rapidement le lecteur par son caractère répétitif, malgré une bonne dose d’humour noir et d’autodérision.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s