La nuit a dévoré le monde, de Pit Agarmen

Une épidémie a changé la plupart des êtres humains en créatures démoniaques, avides de chair et de sang. On a vite compris leur nature : ce sont des zombies. Rien n’a pu les arrêter, ni la police, ni l’armée. ils ont tout ravagé. Antoine Verney est un survivant par hasard. Il n’a rien d’un héros. Il se retrouve à la fois prisonnier et protégé dans un immeuble parisien, alors que dans les rues les morts vivants pourchassent les derniers humains. Du haut de sa tour, tel Robinson sur son île, Antoine apprend à survivre et se confronte à la terreur. Armé d’un fusil, il découvre avec surprise qu’il peut tuer et qu’il a même un certain talent pour çà. C’est un double combat qu’il va devoir mener, pour s’inventer une nouvelle vie et ne pas sombrer dans la folie.

Du zombie, encore du zombie … oui, mais à Paris ! Certes il ne s’agit pas là d’une innovation, Jean Pierre Andrevon ayant déjà raconté la fin du monde sur nos terres franchouillardes dans son très bon livre Un horizon de cendres. Pit Agarmen (Martin Page dans l’ordre) est l’auteur français de ce roman apocalyptique terriblement humain. Oubliez ici les giclées de sang et les tapisseries de tripes à l’air. Le roman est un huis clos, intimiste. Antoine Verney est un écrivain de romans à l’eau de rose de seconde zone, qui se réveille après avoir participé à une soirée bobo parisienne dans le quartier de Pigalle. Sauf qu’au matin, le monde a changé, car entretemps, la nuit a dévoré le monde. Antoine est enfermé dans l’appartement de Stella, cette femme qu’il convoitait. Il organise sa survie, pare à l’essentiel. Nourriture, protection de fortune, sécurisation de l’immeuble … mais l’important n’est pas là. L’essentiel, c’est plutôt cette part d’humanité qu’il va tenter de préserver.

Car Antoine est seul, isolé dans son abri prison. Alors il se réfugie dans une bulle psychologique faite de souvenirs, d’occupations en tous genres, s’invente des relations avec deux zombies ainsi baptisés Richard et Catia, joue avec la mort. Au fil des pages, si la menace est omniprésente, c’est l’évolution intérieure du personnage qui fascine. On pense à un chef d’oeuvre du genre, Je suis une légende de Richard Matheson. L’auteur s’intéresse donc à ce que l’homme deviendrait s’il se retrouvait seul sans avoir le regard de l’autre pour juger de ses faits et gestes, ce qu’il est prêt à faire pour ne pas sombrer dans la folie. De ce point de vue La nuit a dévoré le monde est une réussite, se positionnant bien au delà du genre dans lequel il s’inscrit. Le récit captive tout autant qu’il questionne le lecteur, jusqu’à un dénouement ouvert, teinté d’optimisme.

La nuit a dévoré le monde est une vraie réussite qui réconciliera amateurs du genre zombiesque et amoureux de littérature classique. Une nouvelle preuve s’il en est que ce type de récit a bien plus de choses à raconter que ce que le faciès monstrueux des morts vivants laissent croire.

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